HISTOIRE DE LA GASCOGNE



1 - L'ESSOR DE LA GASCOGNE : 507 - 768

PRESENTATION

L'histoire proprement dite de la Gascogne commence au VIe siècle après J.-C. C'est en effet à cette époque qu'un peuple nommé vascons apparaît dans la zone située entre la Garonne et les Pyrénées. Très rapidement un conflit va apparaître car le royaume franc des mérovingiens voit d'un mauvais œil cette affirmation politique et culturelle sur son territoire. Mais, la Gascogne réussira à s'imposer grâce notamment à des chefs charismatiques. Elle va ainsi constituer une entité à part entière dont l'histoire sera intimement liée avec celle du royaume Aquitain.


11 - L'INVASION VASCONE : 507 - 638

Après la victoire de Clovis sur les Wisigoths à la bataille de Vouillé en 507, les francs font une mainmise sur l'Aquitaine. Ils vont ensuite passer la Garonne pour conquérir, entre les années 511 et 533, la Novempopulanie.

Mais, à la fin de ce VIème siècle, ce territoire compris entre les Pyrénées et la Garonne va de nouveau être l'enjeu de conflit pour sa possession. Ce conflit on le doit à un peuple venu du versant ibérique des Pyrénées : les vascons. Ils font leur première apparition vers 570 et s'installent à partir de 587 dans les piémonts français.

Le royaume franc, n'appréciant pas cette menace, effectue plusieurs raids pour les contraindre à reconnaître leur autorité (581 et 587). Les vascons acceptent alors en 602 la suzeraineté du roi franc Clotaire II. Mais, malgré leur victoire, la présence vasconne dans la novempopulanie ne cesse d'augmenter. C'est probablement cette pression qui va contraindre Dagobert Ier, nouveau roi des francs, à créer le royaume de Vasconia. C'est pour la première fois qu'apparaît ce terme pour désigner une partie des Pyrénées et de son piémont, partie insoumise à l'autorité des francs.

Cependant, l'indépendance de cette jeune Vasconie sera très brève puisque Charibert II, frère de Dagobert Ier et premier roi d'Aquitaine, va l'annexer en 630. Mais, le rattachement de la Vasconie au royaume franc n'est en fait que nominal car, à la mort de Dagobert Ier en 638, les terres situées au sud de la Garonne échappaient à son contrôle.


1.2 - L'AFFIRMATION DE LA VASCONIE : 638 - 720

Au début des années 670, un certain Loup, prince des Vascons, va prêter son concours au duc d'Aquitaine Félix qui réside à Toulouse, ville qui servira de capitale au duché aquitain jusqu'en 732. A la mort de Félix, Loup s'empare du pouvoir et, par conséquent, le duché d'Aquitaine passe aux mains des Gascons. Le duché s'étend alors des Pyrénées à la Saintonge, en passant par le Périgord. Le roi de Neustrie, Clotaire III, voyant d'un mauvais œil la montée en puissance de ce chef, envoie une armée contre lui en 673. Mais, la mort de Clotaire III, quelques mois plus tard, stoppa cette guerre et renforça du même coup le pouvoir de Loup.

Durant le règne de Thierry III et de ses descendants, la principauté continue de s'agrandir. En 711, sous l'autorité du nouveau Duc Boggis, elle atteint le Poitou, l'Auvergne et le Limousin. En ce début de VIIIe siècle, l'Aquitaine est indépendante et très puissante comme en témoigne la capture en 720 du roi de Neustrie Chilpéric II par le nouveau duc, Eudes. Ce personnage, dont la généalogie est mal connue, est qualifié de prince d'Aquitaine malgré sa présence à la tête d'une principauté d'origine vasconne. En effet, cette principauté, qui s'étend désormais de la Loire aux Pyrénées, continue d'être appelée Aquitaine et le terme de Vasconie, ou Gascogne, est réservé aux terres situées au sud de la Garonne et correspond en fait à la première principauté fondée par Loup.


1.3 - LE RATTACHEMENT DU ROYAUME AQUITAIN A L'EMPIRE CAROLINGIEN : 720-768

La grande Aquitaine d'Eudes va être mise à mal au début du VIIIème siècle car elle va subir de nouvelles invasions. En effet, en 716, les Sarrasins franchissent les Pyrénées orientales. Les Aquitains arrivent à repousser ces envahisseurs à Toulouse en 718. Mais la trêve est de courte durée car une nouvelle menace arrive au nord avec les austrasiens de Charles Martel. Face à cette armée dirigée par le maire du palais austrasien, Eudes doit alors abandonner une large partie de l'Aquitaine à son rival. Profitant, de l'affaiblissement des troupes d'Eudes, les Arabo-berbères dirigés par Abd-er-Rahman, récidivent leur tentative d'invasion. Les Aquitains ne pouvant résister à cette armée furent contraints de se replier et de faire appel à leur ennemi Charles Martel. Les sarrasins seront alors battus à proximité de Poitiers en Octobre 732.

Suite à cette bataille, l'Aquitaine est passée sous l'autorité Carolingienne. Une lutte pour l'indépendance va alors débuter. Les conflits commencent à la mort d'Eudes en 735, puisque l'un de ses fils, Hunald, contraint le chef du palais d'Austrasie à le reconnaître Duc d'Aquitaine. Cependant, le fils héritier de Charles Martel, Pépin le Bref, est conscient des menaces qu'exercent ce duché sur son royaume. Il force alors Hunald à renoncer à son trône en faveur de son fils Waïfre. Une paix précaire s'installe mais pour peu de temps car la guerre va reprendre entre 759 et 768. Dans un premier temps, Waïfre va s'imposer au delà de la Loire et en Septimanie. Mais l'armée carolingienne va reprendre le dessus et, en 768, tous les seigneurs du nord de la Garonne sont soumis.

De peur de voir leur indépendance supprimée, les Gascons vont abandonner les Aquitains qui sont en déroute pour se rapprocher du pouvoir austrasien. Ce changement de position va s'effectuer vers 768, date à laquelle ils allèrent prêter serment de fidélité à Pépin ainsi qu'à ses deux fils légitimes, Charles I et Carloman. Il n'existe donc plus d'unité entre les Aquitains et les Gascons. Cette rupture se transforme même en trahison car le chef des Gascons, Loup II, livre le successeur de Waïfre à Charles Ier en 769. Cette manœuvre politique effectuée par la Gascogne va lui permettre de prolonger son indépendance face à l'empire carolingien, comme au temps de Loup 1er.


II - LE TEMPS DES INVASIONS : 768 - 885


PRESENTATION

La Gascogne fut obligée de céder face à l'armée de Charlemagne, la conduisant ainsi à son intégration dans l'empire carolingien. Mais, les gascons ne vont pas accepter cette domination et après cinquante ans de lutte, ils vont réussir à se libérer de cette tutelle. Ce combat pour l'indépendance est intimement lié à une famille, celle des Sanche, famille qui restera inséparable de l'histoire de la Gascogne pendant deux siècles. Cette histoire sera également profondément marquée par les invasions normandes et arabes. Au gré des circonstances et des événements, la Gascogne en subira tantôt les inconvénients, tantôt en exploitera les bénéfices.


2.1 - LA CONQUETE DE LA GASCOGNE PAR LES CAROLINGIENS : LE REGNE DE CHARLEMAGNE : 768 - 814

Si les Gascons avaient prêté serment de fidélité à Charles I en 768, il semble bien qu'ils aient oublié ce contrat dans les années qui suivirent. L'épisode de Roncevaux qui est raconté dans la chanson de Roland est là pour en témoigner. Il se produit vers 778, lorsque Charlemagne veut reconquérir la Gascogne ultérieure et la vallée de l'Ebre alors détenues par les musulmans. Cette politique l'amène à attaquer Saragosse mais il n'arrive pas à la soumettre. Il se replie donc vers le nord et, c'est lors de son passage dans les Pyrénées, dans les Gorges de Roncevaux, que son arrière garde est victime d'une embuscade due probablement au chef gascon Loup II et de ses soldats.

Suite à ces épisodes en Espagne et dans les Pyrénées, Charlemagne, soucieux de maintenir son contrôle sur l'Aquitaine depuis peu soumise à son autorité, décide de créer un royaume d'Aquitaine en 781 qu'il donnera à son très jeune fils Louis. Il va également mettre en place des structures administratives, les comtés, dans lesquelles il placera des hommes de confiance.

Ces différentes mesures ne vont pas plaire au gascons et une série de révoltes vont naître. Elles débutent en 789, avec l'enlèvement du duc de Toulouse Corson par un comte gascon nommé Adalaric. Puis, douze ans plus tard, le comte du Fezensac Liuthard sera assassiné. Resté jusqu'alors à l'écart de ces événements, la Gascogne occidentale va elle aussi manifester son mécontentement dans les années 812/813. Le roi d'Aquitaine décide alors d'utiliser la force pour mettre fin à ces troubles et, à son départ de l'Aquitaine, l'ensemble de la Gascogne sera soumis à son autorité. Néanmoins, l'insécurité régnait toujours dans cette région, notamment dans les Pyrénées.


2.2 - LES REVOLTES GASCONNES SOUS LE REGNE DE LOUIS LE PIEUX : 814 - 838

En Janvier 814, le roi d'Aquitaine Louis devient empereur à la place de son père Charlemagne. Il nomma alors son fils aîné Pépin 1er pour lui succéder au royaume d'Aquitaine. Ce jeune souverain règne alors sur l'Aquitaine, la Gascogne, le Toulousain, la Septimanie et la marche d'Espagne. Mais, il va mener une politique malhabile durant son règne et de nombreuses révoltes vont de nouveau surgir contre l'autorité carolingienne.

Les premières révoltes éclatent en 816 à Bordeaux suite à la décision de Pépin 1er de révoquer le comte de Bordeaux et duc de Gascogne Seguin. Trois ans plus tard, en Gascogne orientale, une nouvelle rébellion sera menée par le chef gascon Loup Centule tandis que la Navarre renverse le comte carolingien pour choisir son propre chef. Le roi Aquitain réplique aussitôt à cette révolte généralisée et il réussit à installer une paix provisoire. Mais une décennie plus tard, les gascons vont profiter d'un trouble interne à l'empire pour de nouveau s'insurger contre Pépin 1er. En effet, en 832, l'empereur Louis le Pieux décide d'ôter la Gothie à Pépin 1er pour la donner à son plus jeune fils Charles, futur Charles le Chauve. Cette décision va entraîner le mécontentement de ses trois autres fils qui vont alors se rebeller contre leur père.

Le comte du fezensac Aznar-Sanche refuse alors de reconnaître Pépin 1er comme roi car, comme son père Sanche-Loup, il reste fidèle à l'empereur. Ce n'est donc pas contre le pouvoir carolingien que ce comte se soulève mais contre son représentant.

Aznar-Sanche est tué en 836 et est aussitôt remplacé par son frère Sanche-Sanche Mittara sans que Pépin 1er ne puisse intervenir dans cette succession. Ce nouveau prince Gascon refuse lui aussi l'autorité du roi d'Aquitaine et, à la mort de Pépin Ier en 838, la Gascogne échappait de nouveau à l'empire carolingien. Elle était désormais dirigée par une lignée princière, celle des Sanz ou Sanche, qui marquera profondément l'histoire de cette principauté dans les siècles à venir.


2.3 - LES PREMIERES OFFENSIVES NORMANDES : 838 - 864 SANCHE SANCHE MITTARA

Le IX ème et le X ème siècles sont marqués par les invasions normandes en Aquitaine. Le début de ces invasions viking coïncide avec les troubles politiques que connaît l 'Aquitaine dans la première moitié du VIII ème siècle. Des guerres dynastiques vont en effet apparaître après la mort du roi d'Aquitaine Pépin Ier en 838. En effet, après la mort de ce dernier, Louis le Pieux décide de donner l'Aquitaine, la Gascogne et la Marche d'Espagne à son plus jeune fils, Charles. Mais, le fils de Pépin Ier, Pépin II, n'apprécie pas cette dépossession et ne compte pas renoncer à sa succession paternelle. Un long combat pour le contrôle de ces territoires va donc débuter entre Pépin II et Charles.

Bien qu'apparus dès 800 sur la côte aquitaine, les Normands vont profiter de ce désordre pour pénétrer plus profondément en Gascogne. Ils se présentent aux portes de Bordeaux en 844 puis remontent la vallée de la Garonne et de l'Adour. Pépin II va s'aider de cette présence normande pour asseoir son pouvoir sur le royaume d'Aquitaine qu'il obtiendra en 845. Mais en 848, il sera renversé par Charles.

Si la Gascogne était restée à l'écart des querelles entre Pépin II et Charles, cette position changea après le sacre de Charles comme Roi de Francie et d'Aquitaine, à Orléans, en 1848. En effet, le prince gascon Sanche-Sanche Mittara tient à affirmer son autonomie face au nouveau pouvoir carolingien. Pour cela il bloque tous les cols des Pyrénées Occidentaux et il profite de l'absence du duc de Gascogne Guillaume pour s'emparer de Bordeaux en 950 et obtenir du même coup le titre ducal

Mais, cette dépendance de la Gascogne va s'arrêter quand Sanche-Sanche Mittara sera fait prisonnier par le musulman Musa-ibn-Musa. L'intervention probable de Charles le Chauve dans sa libération transforme le chef gascon en un protégé du Roi. Suite à cet événement, le Duc de Gascogne a pris part à la politique du royaume de France. Il livra tout d'abord Pépin II à Charles en 852. Puis, selon la légende, il s'efforça de repousser les armées musulmanes et normandes. Son énergie et ses exploits transformeront cet homme en un héros quasi mythique dont la lignée sera revendiquée par les futurs aristocrates gascons.


2.4 - SECONDE OFFENSIVE NORMANDE : 864 - 885

Charles le Chauve va donner le royaume d'Aquitaine à son premier fils Charles en 855 auquel succédera son deuxième fils Louis II le Bègue en 867. Si ces sacres n'influencent que peu la Gascogne, il en fut autrement des nouvelles invasions normandes qui reprirent dans les années 860. C'est surtout après la mort de Sanche-Sanche Mittara en 864, que le déferlement normand s'accentua. Les reliques s'enfuirent, les évêchés occidentaux furent abandonnés et les rivages landais furent délaissés.

Mais, l'aristocratie gasconne va profiter de la désorganisation de l'Aquitaine pour affirmer de nouveau son indépendance vis à vis du roi de France. En effet, le Duc Arnaud avait été nommé pour succéder à Sanche-Sanche Mittara. Cependant, ce duc ne sera pas admis par les Gascons et il sera renversé dans les années 870 par Mittara Sanche, probable fils de Sanche-Sanche Mittara. Or, le retour de cette famille, à cette période précise, va profondément marquer l'histoire de l'aristocratie gasconne. En effet, ce retour coïncide avec le capitulaire carolingien de Quierzy de 877 qui donne l'hérédité de la fonction comtale pour tous les responsables administratifs de l'empire. Les pouvoirs comtaux qui n'étaient pour l'instant qu'une délégation temporaire de l'autorité royale vont alors se transformer en des pouvoirs personnels et permanents.

En revanche, après ces années 870, dans des conditions qui nous sont floues, le comté de Bordeaux va échapper aux Gascons et, de ce fait, le titre ducal sera momentanément perdu pour la famille des Sanche.



III - LA RESTRUCTURATION DE LA GASCOGNE : 885-1032


PRESENTATION

Les invasions normandes et arabes successives ont fortement désorganisé la Gascogne. Soucieux de préserver son pouvoir, la famille princière des Sanche va alors essayer de restructurer son duché. Pour cela, elle va consolider ses relations avec les autres puissances du sud-ouest de la France en réalisant une stratégie maritale élaborée. Elle va également mettre en place une structure religieuse et administrative complexe afin de mieux contrôler son domaine. Ces choix politiques vont amener les ducs de Gascogne à déléguer une partie de leur pouvoir à des puissances locales. Or, cette stratégie amorce un morcellement politique du territoire qui s'accentuera dans les siècles à venir et qui aboutira à la perte de la grande Gascogne.


3.1 - LA PRINCIPAUTE DE GARCIE SANCHE LE COURBE : 885 - 920

Après la période de trouble qui a commencé après la mort de Sanche-Sanche Mittara, la Gascogne va se reconstruire durant le gouvernement de Garcie Sanche le Courbe. D'après certaines généalogies, ce personnage serait le petit-fils du mythique Sanche-Sanche Mittara. Arrivé au pouvoir en 885, il porte le titre de " comte et marquis aux confins de l'océan ". A travers ce titre, on peut voir l'état d'inorganisation de la région côtière et Garcie Sanche le Courbe avait pour mission d'y remédier. Malgré la charge militaire qu'il possédait, il ne détenait pas le titre ducal qui était pourtant réservé aux anciens chefs d'armée. En fait, ce titre était toujours porté par le détenteur du comté de Bordeaux et par conséquent les chefs gascons ne devenaient Duc de Gascogne qu'en possédant ce comté.

Garcie Sanche Courbe va affirmer et étendre son pouvoir grâce à une politique matrimoniale élaborée. Il épousa Amuna qui lui apporta le contrôle de l'Agenais et, par conséquent, de la moyenne Garonne. Il maria une de ses filles, Endregote, au nouveau comte de Bordeaux dénommé Raimond. Une autre de ses filles (Garsende) fut offerte au comte de Toulouse et du Rouergue ce qui permit de maintenir les liens avec la haute Garonne. Enfin, ses positions en Espagne furent maintenues par le mariage de sa dernière fille Azibelle avec le Comte d'Aragon.

Du fait de son titre de Marquis, Garcie Sanche le Courbe était aussi protecteur des églises. Il se consacra donc à restaurer l'église gasconne. Il détacha le monastère de Saramon de sa tutelle Toulousaine qui avait été établie par Louis le Pieux en 817 par le biais de l'abbaye de Sorrèze. Il fonda également le monastère de Condom qui va devenir le centre le plus important de la chrétienté gasconne pendant la plus grande partie du Xème siècle.


3.2 - LE PARTAGE DE LA PRINCIPAUTE DE GASCOGNE : SANCHE GARCIE 920-950

Après la mort de Garcie Sanche le Courbe en 920, son territoire fut divisé entre ses trois fils. Nous ne savons pas si ce partage est dû à une initiative de Garcie Sanche lui-même ou s'il est dû à la perte du titre de marquis pour ses successeurs.

En tout cas, l'aîné de ses fils, Sanche Garcie, reçut la partie occidentale du territoire princier correspondant au Béarn et aux Landes actuelles. Ce comté de la Grande Gascogne est le plus vaste mais peut-être aussi le plus désorganisé et instable. Ces deux autres fils, Guillaume Garcie et Arnaud, vont quant à eux se diviser la Gascogne Orientale avec les comtés du Fezensac et d'Armagnac et de l'Astarac d'autre part. Désormais, le destin de la Gascogne allait donc être différent entre les parties occidentale et orientale.


3.3 - RESTRUCTURATION DE LA GASCOGNE LANDAISE GUILLAUME SANCHE: 950 - 996

Guillaume Sanche succéda à son père au comté de la Grande Gascogne. Vers 977, il devint Duc de Gascogne suite à la mort sans descendance du comte de Bordeaux Guillaume le Bon. Doté de ce titre, que les comtes gascons avaient perdu depuis Sanche-Sanche Mitarra, Guillaume Sanche va réorganiser complètement la partie occidentale de la Gascogne qui avait été mis à mal par deux siècles d'invasions.

Sa première étape fut d'éradiquer la présence normande sur le littoral Atlantique. Ce fut chose faite suite à sa victoire décisive sur les Normands à Taleras vers 980. Libéré de ses envahisseurs, la Gascogne Landaise pouvait alors recevoir un cadre religieux. Ainsi, Guillaume Sanche fonda dans la région de l'Adour le monastère de Saint-Vincent de Lucq, puis l'abbaye de St Sever vers 988 et enfin l'église Sainte-Marie de Lescar. Il va également former un grand évêché de Gascogne qu'il placera sous la direction de son frère Gombaud.

Cette restructuration religieuse ne doit cependant pas cacher la tâche militaire de ces fondations. Ainsi, ces " monastères guerriers " et leurs ramifications à l'intérieur du territoire permettaient d'asseoir solidement le pouvoir ducal. C'est peut-être aussi pour cette raison que Guillaume Sanche a créé les vicomtés. Cette délégation du pouvoir va instaurer un nouvel équilibre dans les relations politiques locales. A la fin de ce Xe siècle apparaît donc, dans la Gascogne comtale, une multitude de vicomtés dont les plus importants sont ceux du Béarn, d'Oloron, de Dax et de Marsan.

Guillaume Sanche va également ouvrir sur l'extérieur son duché. Cette ouverture s'exprime tout d'abord par le développement d'étroites relations entre la Gascogne et la Navarre suite à son mariage en 972 avec la sœur du roi de ce royaume, Urraca. Ce contact va être la source de la réorganisation de la cour gasconne à la fin du premier millénaire. Guillaume Sanche va également développer des relations avec l'Aquitaine qui, depuis 877, n'était plus un royaume mais un duché. Il va en effet marier sa fille Brisce à Guillaume V Le Grand , fils du comte de Poitiers et Duc d'Aquitaine Guillaume IV Fière à Bras. A travers ce mariage, le duché de Gascogne noue également des liens avec le roi de France car la sœur de Guillaume IV, Adelaïde, était mariée avec Hugues Capet. Ces relations avec les capétiens seront encore plus directes avec le mariage de la dernière fille de Guillaume Sanche, Garsende, avec le duc Eudes Henri de Bourgogne qui est le propre frère d'Hugues Capet.


3.4 - L'UNIFICATION DE LA GASCOGNE : BERNARD GUILLAUME ET SANCHE GUILLAUME : 996 -1032

Après la mort de Guillaume Sanche vers 996, son premier fils, Bernard Guillaume, va lui succéder à la tête du comté de la Grande Gascogne. Après la mort mystérieuse de ce dernier le 25 décembre 1010, il sera remplacé par son frère Sanche Guillaume qui régnera jusqu'en 1032. Durant la période de son règne, la Gascogne va connaître l'une de ses heures de gloire. Sanche Guillaume va en effet essayer d'utiliser son titre de Duc de Gascogne pour réunir et unifier l'ensemble du peuple gascon qui avait été divisé suite à la mort de Garcie Sanche en 920.

Mais, la tâche de Sanche Guillaume va s'avérer difficile car le morcellement politique de la Gascogne s'était largement accentué depuis 920. Il s'observe tout d'abord dans la partie orientale car les comtés " primitifs " du Fezensac et de l'Astarac se sont subdivisés. Ainsi, au début du XIème siècle, il existait, en plus des deux comtés cités précédemment, les comtés d'Armagnac, d'Aure et de Pardiac. La création des vicomtés en Gascogne occidentale puis orientale va également participer à ce processus de morcellement administratif. En outre, on assiste à l'émergence de nouvelles puissances. En effet, certaines familles de l'aristocratie gasconne revendique fièrement certains titres portés par leurs ancêtres. C'est le cas, par exemple, en Agenais où les descendants de Gombaud s'attribuèrent le titre de Comte-Evêques. Ce début du XIème siècle connaît également l'essor généralisé d'une nouvelle famille qui va profondément marquer le Bas Moyen-Age : les chevaliers. A travers ces puissances locales munies de châteaux, de terres et de vassaux, on aperçoit le début de la militarisation de la société.

Néanmoins, Sanche Guillaume va réussir en partie sa volonté d'unification de la Gascogne et ce, à travers la fondation de l'abbaye de Saint-Pé. A cette occasion, il rassemble la majorité des comtes, vicomtes et chevaliers de la Gascogne. Tous promettent service et protection à cette nouvelle fondation dont Sanche Guillaume est à l'origine. Cette réunion a donc permis à la fois d'assurer la paix au sein de la Gascogne mais a également été l'occasion d'affirmer la supériorité du titre ducal sur les autres puissances. Guillaume Sanche tenait aussi à revendiquer sa filiation princière auprès du nouveau Roi de France, Robert le Pieux. C'est la raison pour laquelle il ne lui rendit pas hommage en 1014 à Saint-Jean d'Angély et qu'il fit frapper une monnaie ducale pour remplacer la monnaie royale. La Gascogne affirmait donc son allodialité qu'elle maintiendra pendant plus de deux siècles.



IV - DU RATTACHEMENT DE LA GASCOGNE A L'AQUITAINE A SON ABANDON : 1032 - 1152


PRESENTATION :

La politique maritale menée le siècle précédant par la famille princière des Sanche va aboutir au rattachement du duché de Gascogne par les Ducs d'Aquitaine. La Gascogne se trouve alors à la périphérie d'un vaste domaine dont le centre de préoccupation des souverains est compris entre Poitiers et Bordeaux. Ce délaissement prolongé va permettre l'affirmation des puissances locales gasconnes comme celle de la famille du comte d'Armagnac ou celle du vicomte de Béarn.

4.1 - LA DIFFICILE SUCCESSION DE LA GASCOGNE : 1032 - 1064


Les efforts d'unification de la Gascogne menés par Sanche Guillaume allaient s'effondrer avec sa mort qui survint en Octobre 1032. Dépourvu d'héritiers directs, la succession du duché de Gascogne revenait aux enfants et petits enfants de ses trois sœurs : (Alausie, Brisce et Adalais)

En raison de l'ordre de primogéniture, la succession revint en premier à Bérenger d'Angoulême. Il reçut ainsi les titres de duc et comte de Gascogne mais également de comte de Bordeaux. Son règne fut de courte durée car il mourut en septembre 1036 et, lui aussi, ne laissa pas de descendance. Sa succession passa alors à Eudes qui aurait pu aussi devenir deux ans plus tard comte de Poitiers et du même coup duc d'Aquitaine. En effet, après la mort sans descendance de son demi-frère Guillaume VI, Eudes aurait pu prétendre à sa succession mais c'était sans compter sur les ambitions d'Agnès de Bourgogne. Cette dernière femme de Guillaume VI voulait en effet réserver cet héritage à son tout jeune fils Guillaume VII. Aidée par l'aristocratie poitevine, elle parvint à ses fins en effectuant la régence jusqu'à la majorité de son fils en 1044.

Suite à la mort d'Eudes en 1040, le problème de la succession de la Gascogne se reposa et Agnès de Bourgogne intervint de nouveau. Elle réussit en effet à faire reconnaître son deuxième fils, Guillaume VIII, à la tête du comté de Bordeaux et du Duché de Gascogne en 1044. Dans un premier temps, le jeune Guillaume VIII se soucia assez peu de ses droits sur la Gascogne. Ce délaissement permit alors à Bernard Tumapaler de s'accaparer du comté de Gascogne grâce notamment au soutien qu'il avait des vicomtes de Lomagnes, du Béarn et du Fezensac. Les titres de Comte et de Duc de Gascogne étaient alors séparés et cette situation allait se maintenir pendant plus de 25 ans. Cette situation changea avec le décès de Guillaume Aigret en 1058. En effet, la mort sans descendance de ce dernier, permit à son frère de lui succéder et d'obtenir, en plus de son duché de Gascogne, celui d'Aquitaine. Cet héritage donna de nouvelles ambitions à Guillaume Geoffroy. Il se lança alors en guerre contre Bernard avec l'aide probable du vicomte de Dax qui voyait d'un mauvais œil cette expansion de la maison Béarnaise. Bernard fut vaincu à Castelle vers 1064 et renonça ensuite à ses droits sur le comté gascon.


4.2 - L'ABANDON POLITIQUE DE LA GASCOGNE PAR L'AQUITAINE : 1064 - 1152

Les querelles pour la succession de la Gascogne se terminèrent avec le règne de Guillaume VIII. La Gascogne appartenait désormais à un vaste ensemble qui s'étendait de Toulouse à Poitiers en passant par l'Auvergne.

A la mort de Guillaume VIII en 1086, son fils Guillaume IX le Troubadour lui succèda. Comme son père, il garde le titre de Duc d'Aquitaine, ainsi que Duc et Comte de Gascogne. Mais, Guillaume IX ne s'intéresse guère à ses possessions méridionales comme en témoigne l'abandon de ses droits sur la Soule et sur Oloron en faveur de Centulle V de Béarn. Son fils Guillaume X qui le remplace en 1126 porte encore moins d'intérêt à la Gascogne car il ne se rend dans ce territoire qu'à la toute fin de sa vie à l'occasion d'un pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle.

Guillaume X mourut lors de ce pèlerinage, le 9 avril 1137. N'ayant eu que deux filles de son mariage avec Aliénor de Châtellerault, Aliénor et Pétronille, il demanda que son duché soit placé sous la garde du roi de France Louis VI. Il demanda également à marier sa fille aînée avec le fils de Louis VI. Du fait de ce mariage, les duchés Aquitain et Gascon furent rattachés au royaume de France. Peu de temps après cette union, Louis VI décéda et c'est ainsi que le mari d'Aliénor devint roi de France sous le nom de Louis VII.

Comme Guillaume IX et X, Louis VII se désintéressa de la Gascogne. Ce délaissement politique prolongé réveilla les ambitions des puissances locales ce qui plongea pendant 15 ans la Gascogne dans une période de trouble. La plus importante de ces tensions éclata entre le Vicomte de Dax Pierre Ier et le Vicomte de Béarn Pierre III puisque ce dernier assiégea la ville de Dax. Afin de résoudre ce problème, l'archevêque de Bordeaux convoqua à Mimizan le Vicomte du Béarn devant une assemblée composée d'évêques et de nobles gascons. Sous la menace d'une excommunion, Pierre III abandonna momentanément ses prétentions sur la ville de Dax.



V - DE LA PRESENCE ANGLAISE AU DEBUT DE LA GUERRE DE 100 ANS : 1152 - 1337


PRESENTATION

Par le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt, l'Aquitaine et la Gascogne vont devenir la place centrale d'un conflit entre le royaume de France et d'Angleterre. La position des gascons face à la présence anglaise est infiniment complexe. Parfois à leur côté, parfois opposés, il semble bien qu'en réalité le premier souci des Gascons soit la défense de leurs intérêts. Ce jeu participera en tout cas à la mise en place de la guerre de cent ans.


5.1 - HENRI II ET RICHARD : 1152 - 1200

En 1152, le mariage de Louis VII avec Aliénor est annulé pour un motif de consanguinité. Quelques semaines plus tard, Aliénor va se remarier avec Henri II, comte d'Anjou et du Maine, duc de Normandie et futur Roi d'Angleterre après la mort de sa mère en 1154.

Il semble que, comme ses prédécesseurs, Henri II d'Angleterre délaisse les territoires situés au sud de la Garonne. Cette situation changea quelque peu à partir de 1169. En effet, Henri II donna, dans un premier temps, le duché d'Aquitaine à son tout jeune fils Richard et le nomma, par la suite, gouverneur " d'Aquitanie ". A partir de ce moment, Richard se met en guerre contre les rebelles hostiles au pouvoir de son père. Une fois le nord de la Garonne pacifié en 1176, il s'intéressa aux problèmes gascons. C'est ainsi qu'en un peu moins de deux ans, il affirma son autorité sur les villes de Dax et de Bayonne et rétablit un climat de sécurité dans la région.

A la mort de son père en 1189, Richard va hériter de son royaume. Afin de déléguer son pouvoir, il créa la fonction administrative de sénéchal de Périgord et de Gascogne. Richard attribua également le titre de Duc d'Aquitaine et de Gascogne à son neveu Othon de Brunswick. Ce dernier quitte sa fonction en 1798 et Richard décide de reprendre en main son duché qu'il conserva jusqu'à sa mort en 1199.

Un conflit entre son frère aîné Jean et son neveu Arthur éclata alors pour la succession du royaume. L'héritage fut finalement attribué à Jean malgré le soutien de Philippe Auguste pour la cause d'Arthur. Il semble également que les seigneurs gascons n'aient guère apprécié cette arrivée sur le trône de Jean sans Terre. La paix fut cependant assez vite rétablie et Jean vint en personne dans les terres landaises durant l'été 1200 pour réaffirmer son pouvoir sur ses vassaux gascons.


5.2 - JEAN SANS TERRE : 1200 - 1216

En 1200, Jean sans terre est accusé de l'enlèvement de la fille du comte d'Angoulème, Isabelle Taillefer. Le Roi de France le condamne et confisque ses fiefs en 1202. Le traité de paix entre les deux royaumes établis à Goulet en 1200 était donc rompu. Profitant des maladresses de Jean sans terre, Philippe Auguste s'empare durant l'été 1203 de l'Anjou et du Maine. Puis, ce fut au tour de la Normandie de céder aux attaques des français et il en fut de même du Poitou et de la Saintonge en 1204.

Malgré ces nombreuses victoires, le roi de France n'essaya pas de soumettre les territoires situés au sud de Bordeaux. Ce choix est très certainement dû à la décision du roi de Castille Alphonse VIII qui revendiquait ses droits sur les duchés aquitain et gascon car sa femme était la fille d'Aliénor d'Aquitaine. Une large majorité de nobles et de religieux gascons vont alors trahir le Duc d'Aquitaine en se ralliant à la cause d'Alphonse VIII et, c'est ainsi qu'en 1206, son armée atteint les portes de Bordeaux. Mais les Bordelais résistent vaillamment à cette attaque et repoussent l'armée castillane.

Attaqué de toute part, Jean sans Terre réussit à signer une trêve à la Rochelle. Mais le roi d'Angleterre n'a pas su arrêter l'hémorragie, car à sa mort, en 1216, son royaume continental ne s'étend plus que sur le Bordelais, le Bazadais et les Landes.


5.3 - HENRI III : 1216 - 1272

Comme son père, le nouveau roi d'Angleterre Henri III va subir les attaques menées par le roi de France. Ce dernier va s'emparer de la Rochelle en 1224 et ce n'est qu'en raison de la fidélité des Bordelais à Henri III que la présence anglaise arrive à se maintenir sur le territoire continental.

Entre 1242 et 1243, Henri III va quitter son domicile anglais pour séjourner à Bordeaux afin d'essayer de restructurer son duché. Mais, il échoua en partie dans sa tâche et de nombreuses tensions éclatèrent après son départ. Afin de remédier à ces problèmes, il nomma en 1248 Simon de Montfort comme lieutenant du Roi. En moins d'un an, ce chevalier réussit à conclure une trêve avec la régente du royaume de France, Blanche de Castille, et avec le roi de Navarre. Il reinstaura également la paix à Bordeaux avant de se diriger vers les villes de Gascogne afin d'éliminer les seigneurs qui ne voulaient pas prêter serment à Henri III.

Mais, dès son retour en Angleterre en 1249, l'agitation en Gascogne reprit contre l'autorité anglaise. Elle débuta cette même année à Bordeaux puis s'étend à l'ensemble du duché grâce , notamment, aux actions menées par les vicomtes Gaston VII de Béarn et Amanieu VI d'Albret. Finalement, ce n'est qu'en 1254 qu'une paix durable sera instaurée.

Depuis 1252, le Duché de Gascogne appartenait au fils de Henri III, le prince Edouard qui s'y installa en juin 1254. Cette même année, il se rendit en Castille afin de se marier avec la sœur du Roi de Castille Alphonse X. Cette union permettait ainsi de résoudre les conflits entre ces deux familles pour la possession de ce duché car les Castillans revendiquaient leurs droits sur ce domaine depuis Alphonse VIII. Mais la paix dans le duché était toujours précaire car les ambitions de la noblesse gasconne se maintenaient. Le jeune prince était tout à fait conscient de cette situation précaire et c'est pour cela que lors de son départ en Angleterre durant l'été 1255, il prend en otage des bourgeois des villes et surtout un des enfants de Gaston de Béarn et d'Amanieu d'Albret.

Edouard opta aussi pour la paix avec le roi de France Louis IX. Pour cela, il signa le traité de Paris en 1759 qui reconnaît la suzeraineté de la France sur l'Aquitaine. Ce traité mettait donc fin à l'allodialité de la Gascogne qu'elle avait acquise avec le prince Sanche Guillaume en 1014. En contre partie, Saint-Louis reconnaissait à Edouard son titre de Duc d'Aquitaine, tout en rétablissant une partie de son duché en lui redonnant le Limousin, le Périgord, le Béarn, la Bigorre et une partie du Quercy.


5.4 - EDOUARD 1er : 1272 - 1308

Vers les années 1270, les visages politiques changèrent. En effet Louis IX décéda en 1270 et fut remplacé par son fils Philippe III le Hardi. Deux ans plus tard, Henri III mourut à son tour et son fils Edouard lui succéda. Ces deux jeunes souverains sont unis par des liens familiaux car leurs mères, Marguerite de Provence et Eléonore de Provence, sont sœurs. Cette filiation est a priori favorable à une bonne entente, mais le traité de Paris va poser de nombreux différends entre les deux royaumes. En effet, dès qu'un litige se présentait, les vassaux du Duc d'Aquitaine faisaient appel au suzerain du duc, c'est-à-dire le roi de France, et mettaient ainsi le duc d'Aquitaine dans une position très inconfortable. Cette situation se posa notamment entre 1272 et 1278 avec les nombreuses sollicitations du Parlement de Paris par le vicomte du Bearn Gaston VII et la ville de Dax.

Après la mort de Philippe III en 1285, Edouard va séjourner trois ans dans son duché Aquitain. Durant cette période, il va négocier la libération de son cousin Charles II d'Anjou qui avait été enlevé par le roi d'Aragon. Il va également profiter de ce séjour pour resserrer les liens entre la noblesse et la bourgeoisie gasconnes avec le duché. Malheureusement, si la présence du roi garantissait la paix en Gascogne, à son départ des conflits familiaux éclatèrent et ouvrirent une période de crise dans le duché. Ces difficultés ne sont pas sans liens avec Philippe IV le Bel car ce dernier avait l'intention de remettre en cause le traité de Paris afin de prendre le duché Aquitain.

Le Roi de France profita alors d'une bataille navale opposant les Anglais contre les Normands pour convoquer Edouard devant sa cour en janvier 1294. Il fut alors contraint de remettre certaines de ses possessions et d'épouser la sœur du roi de France à Amiens. Mais, Edouard ne se rendit pas à cette cérémonie et par conséquent, le 19 Mai 1294, Philippe IV décida de confisquer son duché. Une période de lutte et de négociation commença alors entre les deux royaumes pour la possession de ce territoire. En novembre 1294, les Anglais s'emparèrent de Blaye, Bourg et Macau puis de Viredale, Podensac et Rions. Ils traversèrent ensuite les Landes pour rejoindre leurs alliés gascons et prirent Bayonne en janvier 1295, puis Sorde et Saint-Sever. Mais, la France réagit et envoya une puissante armée commandée par le frère de Philippe IV le Bel, Charles de Valois. La situation tournant en faveur du royaume de France, Edouard envoya de nouveaux renforts en janvier 1296 et une participation plus importante des seigneurs gascons fut demandée. Malgré cette aide précieuse, l'armée anglo-gasconne dut essuyer une lourde défaite en février 1296 à Bonnegarde et elle se replia sur Bayonne. Des négociations s'ouvrirent alors entre les deux royaumes et durèrent jusqu'en 1303, date à laquelle un traité de paix fut signé. Edouard récupère alors la Guyenne et Philippe IV en reste toujours suzerain.


5.5 - EDOUARD II : 1308 - 1327

Deux ans avant de mourir, Edouard 1er donne son duché d'Aquitaine à son fils Edouard II. En 1308, il hérite de la totalité du royaume de son père et se rend en France pour prêter hommage au roi de France et épouser sa fille Isabelle de France. Pendant une grande partie de son règne, Edouard II va être confronté à un seigneur gascon déjà connu : le Sire d'Albret. Comme Gaston VII de Béarn quatre décennies plus tôt, Amanieu VII d'Albret va profiter de la suzeraineté du royaume de France sur le duché de Gascogne pour faire appel au Parlement de Paris en cas de différends avec l'autorité anglaise.

L'un des principaux conflits éclata en 1312 entre le sénéchal de Gascogne Jean Ferrers et Amanieu VII. Ce dernier se plaint auprès du roi de France pour les crimes que commettait ce sénéchal. Il avait en effet envahi les terres et châteaux du sire d'Albret avec l'aide de plus de 4000 hommes issus de Marsan, Béarn, de Chalosse et de Labourd. Le juge royal condamna alors le roi d'Angleterre à indemniser le vicomte du Bearn. Ce rapprochement d'Amanieu VII avec le royaume de France allait du même coup provoquer sa rupture avec son seigneur, le Roi d'Angleterre. Cet événement annonce un affrontement qui se produira dix ans plus tard suite à une contestation d'une décision du parlement au sujet de la possession de la Bastide de Saint-Sardos et d'un refus d'Edouard II de prêter hommage pour le Duché Gascon au nouveau roi de France, Charles IV le Bel. Les hostilités furent donc engagées entre les deux royaumes et provoquèrent une scission au sein des Gascons. En effet, une partie se rallia au Roi de France, le Sire d'Albret en tête, tandis qu'une autre partie resta fidèle au Roi d'Angleterre comme les prévôtés de Dax et de Saint-Sever. Les vicomtés de Marsan et de Béarn restèrent quant à eux dans une position de neutralité.

Les combats aboutirent à un traité de paix ratifié le 13 juin 1325 et le duc d'Aquitaine alla prêter hommage pour son duché à Charles IV. Néanmoins, Edouard II admettait difficilement l'amputation de l'Agenais et du Bazadais à son duché. La guerre reprit alors en 1236 mais tourna en la défaveur du roi d'Angleterre qui fut capturé en 1327. Son fils, Edouard III conclut alors le 31 mars 1327 un traité à Paris avec le Roi de France. Le duché d'Aquitaine et de Gascogne était alors fortement réduit puisqu'il ne s'étendait plus que sur le Bordelais, les Landes et le Labourd.


5.6 - EDOUARD III : 1327 - 1337

Lorsque Charles IV le Bel meurt en 1328, il ne laisse aucune descendance. Un changement de dynastie va alors se produire puisque c'est la famille des Valois qui monte sur le trône avec son premier représentant Philippe VI. Malgré les prétentions qu'aurait pu faire valoir Edouard III pour cette succession, il n'en fit rien et prêta hommage pour la Gascogne au nouveau souverain en 1329 à Amiens.

La paix qui durait depuis quatre ans entre les deux royaumes va cependant être rompue en raison d'un problème de succession en Ecosse. L'Angleterre soutenait en effet Edouard Balliol, tandis que la France était alliée avec le roi David d'Ecosse. N'arrivant pas à un accord, Philippe VI décide d'envoyer une flotte pour libérer l'Ecosse. Les hostilités entre les deux royaumes ont donc repris et prennent une nouvelle dimension, car en 1337, Edouard dénonce l'usurpation du pouvoir par Philippe VI. Par cette action, Edouard annule l'hommage d'Amiens réalisé en 1328 et annonce également ses prétentions pour la couronne de France. Une guerre va donc se lancer et son issue ne se terminera qu'en 1453. Cette guerre porte également le nom de " guerre de 100 ans ".




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