LE PRIEURE DE MIMIZAN
ET SON EGLISE

Chapitre 1 : HISTOIRE DU LIEU CULTUEL DE MIMIZAN

1 - COMMENTAIRE GENERAL SUR L'HISTORIQUE DE LA CONSTRUCTION


L'histoire médiévale de Mimizan est mal connue en raison de la pauvreté des sources écrites et archéologiques. Un des seuls témoignages de cette période est le clocher-porche de l'ancien prieuré bénédictin. Le parti architectural et les sculptures de cet édifice démontrent l'importance que devait revêtir la ville de Mimizan à cette époque. A travers l'histoire de ce lieu cultuel, il est donc possible d'entr'apercevoir cet " âge d'or ". Malheureusement, les campagnes de démolition du XIXe siècle nous empêchent là aussi de retracer précisément l'évolution de ce lieu. Cependant, en utilisant les légendes, les archives et les documents archéologiques, nous allons essayer d'apporter quelques renseignements sur la chronologie des différentes étapes de la vie du monument.

2 - DU Ve SIECLE AU Xe SIECLE


D'après une légende racontée dans le bréviaire de Lescar imprimé en 1541, l'église actuelle de Mimizan aurait été construite à l'emplacement d'un édifice religieux datant du VIe siècle. Cette première construction aurait été édifiée en hommage à Saint-Galactoire sur le lieu même où il fut martyrisé par les Visigoths.

A l'heure actuelle, les données archéologiques ne nous permettent pas de vérifier la véracité de cette légende. Certes, un niveau archéologique a récemment été découvert sous le chevet de l'église. Il s'agit des restes d'une construction de tradition antique " soignée et présentant un minimum d'ornementation architecturale ". Malheureusement, les vestiges associés à cette bâtisse, telles des tuiles à rebord et des fragments d'architectures, ne nous permettent pas d'attribuer une chronologie précise à ce sol d'occupation (antiquité tardive ou haut moyen-âge). La fonction de cet édifice nous échappe également. S'agissait-il d'une villa, d'un monument cultuel ou public ? Faut-il voir dans ces restes les traces du bâtiment consacré à Saint-Galactoire ou alors a-t-on eu une réappropriation d'un culte païen par les chrétiens ? Autant de questions auxquelles nous n'avons pas encore de réponses.

3 - DU Xe SIECLE AU XIIIe SIECLE


Les différentes études menées sur l'architecture et l'art de l'édifice s'accordent pour les dater de la fin du XIIe siècle au début du XIIIe siècle. Pourtant, des textes et des documents archéologiques sembleraient attester de la présence d'une église romane. Par conséquent, l'église gothique est-elle le résultat d'un unique projet ou le résultat d'un agrandissement d'une église romane primitive ? Afin d'essayer de répondre à cette question, nous allons regarder et critiquer les sources écrites et archéologiques dont nous disposons. Nous proposerons ensuite une chronologie de la construction de l'église.

3.1 - Sources écrites

Suite aux invasions arabes et normandes du IXe et Xe siècles, les structures religieuses de la Gascogne avaient complètement disparu. Afin de remédier à cette carence, le duc de Gascogne Guillaume Sanche (†997) aurait alors décidé de relever l'abbaye de Saint-Sever après sa victoire définitive sur les Normands à Taller en 982. Afin d'assurer l'épanouissement de cette abbaye, il la dota de nombreux biens. Or, parmi les quelques donations faites dans le diocèse de Bordeaux, on trouve l'église Notre-Dame de Mimizan. A partir de cette date, l'église de Mimizan devient donc un prieuré dépendant de l'abbaye mère de Saint-Sever. Les successeurs du Duc Guillaume Sanche, Bernard (†1010) et Sanche Guillaume (†1032), confirmèrent cette donation en 1009 puis en 1012. Lors de cette dernière confirmation, le duc dota également Notre-Dame de Mimizan d'une franchise que possédait un clerc nommé Fort. Il est donc possible que la création de la sauveté de Mimizan remonte à cette date. Ce privilège aurait permis au prieuré de Mimizan de s'accroître durant le XIe siècle, au point de devenir l'un des principaux édifices religieux de la région, si l'on en croit la mappemonde de l'Apocalypse du Moine Béatus de Liebana.

Sur la base de ces différentes sources écrites, il semblerait qu'un vocable dédié à Sainte-Marie existait à Mimizan à la fin du Xe siècle. Cependant, les documents dont sont issus cette hypothèse doivent être interprétés avec précaution. En effet, il a été démontré que la charte de fondation et de dotation de Guillaume Sanche et les confirmations par ses fils sont des faux rédigés au cours du XIe siècle. En outre, le terme d'ecclesia noté dans l'acte de donation ne porte pas de signification précise à la fin du Xe siècle.

3.2 - Sources archéologiques

Du point de vue archéologique, différents éléments attesteraient également de la présence d'une église romane. Ces arguments reposent tout d'abord sur des éléments décoratifs de style roman trouvés au XIXe dans les décombres du chevet (briques à rebords, oves, billettes et sculptures). En outre, le parti architectural de ce chevet, constitué par une abside flanquée de deux absidioles et d'un clocher monumental sur la croisée du transept, s'inscrirait plus dans une tradition romane. Enfin, du point de vue du mode de construction, il est possible que le chevet fut construit en garluche et en pierres coquillières contrairement au reste de l'édifice essentiellement maçonné en brique. Or, cette disparité des matériaux pourrait signaler une antériorité du chevet par rapport au reste de l'édifice.

Ces traces archéologiques conforteraient l'hypothèse d'une église romane dont ont aurait plus ou moins entièrement modifié la partie occidentale à la fin du XIIe siècle. Cependant, de récents sondages archéologiques ne vont pas dans ce sens. En effet, les fondations du chevet sont séparées du bâtiment de tradition antique par un important dépôt de sable éolien stérile. Cela démontrerait que le chœur de l'église n'a pas succédé à une construction datant de la fin du Xe siècle. De plus, il n'existe pas une nette différence dans les techniques de construction des fondations entre le chevet et le reste de l'édifice. Ces deux arguments tendraient donc à montrer l'existence d'un unique projet de construction pour cette église.

3.3 - Essai de chronologie de la construction de l'édifice

Ces nombreuses contradictions d'ordre historique et archéologique témoignent en réalité des lacunes de notre documentation concernant la construction du prieuré de Mimizan. Il nous est donc actuellement impossible de répondre définitivement à la question de l'existence d'une église romane à Mimizan.

Cependant, un acte de 1136 pourrait apporter un éclaircissement à ce délicat problème. Cet acte concerne la donation par Guillaume X de la dîme de deux nasses sur l'étang de Mimizan à l'abbaye de St-Sever. Or, ce don s'est fait sur l'autel de Sainte-Marie de Mimizan ce qui prouve qu'une partie de l'église existait au début du XIIe siècle.

En tenant compte de cette date, des données archéologiques et des tendances stylistiques, B. Bizot propose une hypothèse que nous sommes enclins à suivre. D'après cet auteur, les fondations de l'église auraient été jetées dans la première moitié du XIIe siècle. La construction aurait débuté par le chevet pour ensuite progresser vers l'ouest. En raison de l'ambition du parti architectural, la construction de l'édifice se serait étalée dans le temps pour se terminer un peu après 1200. Le programme architectural et artistique aurait alors changé en cours de route afin de s'adapter aux tendances stylistiques de l'époque. Ainsi, en cours de chantier, les architectes auraient abandonné le style roman afin d'opter pour un nouveau programme plus moderne (voûtes d'ogive dans la nef et le clocher-porche ; choix d'un clocher-porche ; sculptures avec influences gothiques…). Le clocher-Porche aurait été la dernière partie construite, peut-être vers les années 1210-1220.

4 - DU XIIIe SIECLE AU XXe SIECLE


Le rôle important que devait tenir le prieuré de Mimizan au cours des XIIe et XIIIe siècles dans le nord des Landes allait petit à petit s'estomper. Il faut probablement voir dans cette chute la convergence de plusieurs facteurs tel l'ensablement, la diminution du nombre de pélerins ou encore la disparition des roi-ducs en Aquitaine. Petite histoire de cette " âge noir " :

4.1 - De l'abandon à la ruine : XVIIe au XVIIIe siècle

Vers 1650, les moines bénédictins vont quitter le prieuré de Mimizan. Les causes de ce départ nous sont obscures. Auraient-ils été appelés par l'abbaye de Saint-Sever qui manquait de religieux ? Auraient-ils fui devant l'avancée du sable qui ensevelissait les cultures et les habitations ? En tout cas, suite à cet abandon, l'église va tomber en décrépitude car les curés n'arrivent pas obtenir de l'argent pour effectuer les réparations. En 1671, on réduit le nombre d'autels pour n'en garder que trois. En 1731, le curé Bouty s'inquiète de l'état de vétusté du toit du clocher-Porche. Il sera remplacé vers 1740 par une toiture à deux pans à faible pente. En 1734, un orage ébranle le clocher de la croisée du transept. En 1770, ce clocher sera renversé par un nouvel ouragan. Les lézardes sont de plus en plus nombreuses au niveau du chevet et le curé Loste nous dit en 1778 que sa " ruine est inévitable et sans remède ". En effet, douze ans plus tard, le clocher de la croisée s'effondre et entraîne dans sa chute le transept et le chœur.

Parallèlement à cette phase de délabrement de l'église, une autre menace se présente : le sable. En effet, en 1778, la dune a déjà recouvert le jardin du curé et n'est plus qu'à 9 mètres du clocher Porche et à 12 mètres du Presbitère. Les dunes arrêtent également les eaux qui transforment les prés en marécage. Cette menace va cependant être enrayée à partir de 1783 grâce aux efforts des habitants pour fixer la dune.

4.2 - De la ruine à la restauration : XIXe et XXe siècles

Suite à l'effondrement du chevet, des travaux de restauration vont être menés. Entre 1805 et 1818, le gros œuvre va être effectué afin de parer au plus urgent. La nef va alors être fermée par un mur de refend au niveau de la quatrième travée orientale. La toiture va également être restaurée et des autels provisoires seront installés. Ensuite, vers 1825, les travaux vont s'attacher à parfaire l'intérieur en construisant une sacristie, des fonts baptismaux et trois autels en stuc.

Malgré ces travaux, l'église continue de vieillir. En 1846, les deux cloches sont fêlées puis en 1852 c'est l'ensemble du clocher-Porche qui montre des faiblesses. Il sera alors entièrement restauré de 1852 à 1856 depuis les murs jusqu'à la charpente en passant par certaines moulures du tympan.

Malgré ces réfections, l'état de l'église alarme encore la municipalité en 1866. En outre, l'édifice est devenu trop petit pour la paroisse de Mimizan. Un projet de restauration et d'agrandissement est alors envisagé mais sera refusé en raison du prix excessif des travaux. On se contentera doncd'une réparation rapide de la toiture et d'un renforcement des murs par des contreforts. Ces travaux ne sont pas suffisants et l'église continue de se dégrader si bien qu'un rapport de 1887 préconise la construction d'une nouvelle église . En 1897, le conseil municipal ordonne la démolition de la nef qui sera effectuée deux ans plus tard. Le clocher va échapper de justesse à la démolition car en 1902, sa destruction est demandée. Heureusement, il va être sauvé par la décision des monuments historiques qui classent le portail en 1903. Suite à cet événement, le portail sera restauré en 1907.

La réelle restauration du clocher-porche va commencer en 1981. En 1986, les travaux menés sur le bâtiment seront terminés. C'est à ce moment-là que le bâtiment est classé Monument Historique, car auparavant, seul le portail possédait ce titre (donné en 1903). Après 1996, les restaurations s'attaquent aux sculptures et aux peintures du portail et devraient se finir courant 2001. Très récemment (année 2000), l'UNESCO a décidé d'inscrire le clocher-Porche de Mimizan au patrimoine mondial de l'humanité.




CHAPITRE 2 : ARCHITECTURE


I - COMMENTAIRE GENERAL SUR L'EDIFICE


Construit selon le plan d'une croix latine, l'édifice avait des proportions importantes. Il devait mesurer 44,60 mètres de long pour une largeur de 21 mètres au niveau du transept. La hauteur sous voûte de la nef devait avoisiner les 12 mètres.

La destruction du chœur en 1790, de la nef en 1899 et l'arasement plus ou moins total des fondations en 1900 rendent délicate la description du plan et de l'élévation de l'édifice notamment pour le chevet. Des sondages archéologiques et des descriptions antérieures à la démolition permettent cependant de reconstituer les grands traits de l'église médiévale.

1.1 - Clocher porche

La partie occidentale de l'édifice est actuellement la seule qui est conservée. Elle possède un clocher porche, entièrement construit en briques, de forme approximativement carrée (6,90 m x 6,38 m). Les angles nord-ouest et sud-ouest sont contrebutés par des contreforts à deux ressauts situés dans le prolongement des murs. Les façades ouest, nord et sud sont ouvertes par un arc brisé en briques à double ressauts. Le mur oriental est percé par un portail sculpté qui permet l'accès à la nef. La partie basse du clocher possède une voûte d'ogive dont les nervures reposent sur des corbeaux sculptés. Entre cette voûte et le toit, il existe une salle haute ouverte par de petites fenêtres rectangulaires. On accède à cette pièce par une tourelle d'escalier aménagée dans l'angle nord-ouest de l'église.

1.11 - Mur ouest:

L'arcade ouest mesure environ 7 mètres de hauteur pour une largeur d'environ 3 mètres 60. L'arcade est constituée d'un soubassement sur lequel repose un pied-droit aménagé dans le mur. Il existe un " pseudo-chapiteau " formé de trois briques en saillie à partir duquel part l'arc brisé.

1.12 - Murs nord et sud:

Ces deux baies sont les plus larges puisque leur ouverture mesure 5 mètres. Elles possèdent des colonnes géminées qui sont situées de part et d'autre des retombées des arcs brisés. Ces colonnes reposent sur le même soubassement qui supporte les colonnes du portail oriental. Elles sont couronnées par des chapiteaux sculptés à demi engagés dans le mur. Comme pour leurs soubassements, les abaques des chapiteaux sont situés à la même hauteur que les abaques des chapiteaux du portail.

1.13 - Mur est

L'ébrasement de la baie du mur oriental comporte trois colonnes et quatre colonnettes alternativement distribuées en fonction de leur rôle structurel. En effet, les colonnes soutiennent les trois voussures proprement dites tandis que les colonnettes sont situées aux retombées des cordons qui séparent les voussures. Le mur oriental est parcouru par un soubassement et une corniche. Ce soubassement, que l'on retrouve au niveau des arcades nord et sud, supporte les colonnes et les colonnettes du portail. La corniche, quant à elle, est située dans le prolongement des abaques des chapiteaux du portail et, indirectement, avec ceux des chapiteaux des arcades nord et sud. De chaque côté du portail, cette corniche permet d'accueillir deux statues en rond-de-bosse d'apôtres qui sont semblables à celles de la galerie supérieure. En effet, au dessus du portail proprement dit, on trouve une galerie composée d'une statue du christ en gloire et de dix de ses apôtres. Elles reposent sur un deuxième ressaut aménagé dans la totalité du mur. Entre cette galerie et l'arc formeret de la voûte, le mur a été décoré de peintures murales.

1.2 - La nef

La nef comportait un vaisseau central formé de quatre travées approximativement carrées (6 m x 6 m). Elle était bordée par deux collatéraux constitués de quatre travées de plan rectangulaire. Les murs gouttereaux possédaient des contreforts plats à ressauts qui étaient situés dans le prolongement de chaque travée. Le clocher porche et la tourelle d'escalier contribuaient également à renforcer l'édifice. L'ensemble de la nef était construit en brique. Le premier étage de l'élévation était formé par un série de quatre grandes arcades qui s'ouvraient sur les collatéraux. Au dessus de cet étage, il existait un mur aveugle.

1.21 - Le vaisseau central

Les piliers des grandes arcades ont tous une forme identique basée sur un noyau carré auquel sont adossés des dosserets à ressauts. Cette disposition permet de recevoir chaque élément structurel de l'élévation (arcs doubleaux, nervures ogivales ou arcs des grandes arcades). En guise de chapiteaux, les piliers ne possédaient qu'une moulure faite de trois briques en saillie. Les arcs des grandes arcades étaient brisés et possédaient soit un profil simple (plat) soit plus complexe (méplat contourné de deux tores entre deux moulures). La nef était couverte par une voûte d'ogive assez plate en brique. Le profil des nervures était formé par un gros tore entouré par trois tores plus petits. La clef de voûte était plate et dépourvue d'ornementation.

1.22 - Les collateraux

Les murs gouttereaux des collatéraux étaient percés par quatre fenêtres ce qui créait un éclairage indirect de la nef. Le voûtement des collatéraux était différent de celui adopté pour la nef puisqu'il fait appel à des berceaux brisés transversaux. Ce type de voûtement contrebutait efficacement le vaisseau central de la nef et permettait par là même de diminuer la taille des contreforts extérieurs. Pour améliorer le contrebutement, la hauteur des voûtes des collatéraux était légèrement inférieure à celle de la nef (11, 65 m contre 12,15m).

1.3 - Le chevet

Le transept devait être formé par trois vaisseaux d'une seule travée de plan carré. Les quatre piliers de la croisée du transept soutenaient un clocher monumental. Les deux croisillons devaient être un peu plus large que la nef si bien que le transept devait faire saillie par rapport au reste de l'édifice. Cependant, les proportions exactes de ce transept sont encore mal connues et l'existence de portails à leurs extrémités n'a pas pu encore être démontrée.

Le Chœur possédait une abside centrale située dans l'axe de l'église. On estime que sa longueur devait approcher les 12 mètres pour une largeur identique à celle du vaisseau central de la nef, soit 6 mètres. Cette abside était flanquée par des absidioles qui s'ouvraient sur la nef. Le nombre exact de ces absidioles n'est pas encore résolu et dépend en partie de l'étendue du transept que l'on considère. Pour E. Goyheneche, il aurait existé quatre absidioles tandis que pour B. Bizot, il n'y en aurait eu que deux. Il est probable que l'abside, et peut être aussi les absidioles, aient été précédées d'une travée droite.

L'absence de documentation historique et archéologique nous empêche de connaître la forme de l'élévation du chevet. Du point de vue du mode de construction, il se pourrait que la garluche et les pierres coquillières ne furent plus employées que dans le reste de l'édifice construit quasi exclusivement en brique.


2 - CONSIDERATIONS STYLISTIQUES


La présence d'un clocher-porche sur la face occidentale de la nef s'inscrit dans une longue tradition carolingienne qui sera largement reprise à l'époque romane et gothique. De même, le chœur échelonné de l'église de Mimizan reprend le modèle utilisé par la majorité des maîtres d'œuvre bénédictins. IL est issu de l'église de Cluny II construite au XIe siècle.

En revanche, le mode de voûtement de la nef est beaucoup plus original. En effet, ce modèle basé par des berceaux transversaux dans les collatéraux contrebutant le vaisseau central voûté d'Ogive ne possède pas d'équivalent dans les Landes. Ce parti s'apparente à celui qui fut adopté par de nombreux architectes romans du Poitou. Mais il est surtout très proche du parti qui avait été choisi, à la fin du XIIe siècle, pour édifier la nef de la collégiale de Saint-Seurin de Bordeaux.

La voûte d'ogive du clocher porche de Mimizan est archaïque. Les nervures toriques sont grosses et la clé de voûte ne porte pas de décor particulier. Si l'on recoupe cette impression avec le portail sculpté qu'il abrite, on peut faire remonter la construction du clocher porche au début du XIIIe siècle.

Contrairement aux édifices gothiques du Gers, l'emploi de la brique pour la construction monumentale dans les Landes est rare. En outre, ce matériau apparaît tardivement dans ce département puisque les premiers exemples connus datent du XIVe siècle (Eglise de Villeneuve-de-Marsan, Façade de Sainte-Quitterie d'Aire-sur-l'Adour). L'église de Mimizan serait donc le premier édifice landais employant la brique comme élément fondamental de construction.




Chapitre III : La sculpture du clocher porche



Le mur oriental du clocher-Porche est percé par une baie qui donnait l'accès à la nef. Cette ouverture est encadrée par un ensemble sculpté formé d'un portail et d'une galerie. Une telle œuvre ne s'arrête pas à son aspect esthétique. En effet, à travers elle, il est possible d'approcher l'Homme médiéval et son environnement car :

" Le moyen âge a conçu l'art comme un enseignement. Tout ce qu'il était utile à l'homme de connaître : l'histoire du monde depuis sa création, les dogmes de la religion, les exemples des saints, la hiérarchie des vertus, la variété des sciences, des arts et des métiers, lui étaient enseignés par les vitraux de l'église ou par les statues du porche. La cathédrale eût mérité d'être appelée de ce nom touchant, qui fut donné par les imprimeurs du XVe siècle à un des premiers livres : "la Bible des pauvres ". Les simples, les ignorants, tous ceux que l'on appelait "la sainte plèbe de Dieu ", apprenaient par les yeux presque tout ce qu'ils savaient de leur foi "
E. Mâle (1931)


1 - ICONOGRAPHIE ET DESCRIPTION DU PORTAIL

1.1 -Commentaire général sur le portail


Le premier niveau du portail est constitué par des colonnettes qui jalonnent l'ébrasement de la baie. Les abaques de leurs chapiteaux sculptés forment une corniche sur laquelle repose le deuxième niveau du portail. Il est constitué d'un tympan orné d'une scène de l'adoration des mages et de trois voussures représentant respectivement la parabole des vierges sages et folles, des prophètes, et un cycle du zodiaque doublé des travaux des mois. Des cordons décoratifs sont intercalés entre les archivoltes.

1.2 - Les colonnettes et les chapiteaux de l'ébrasement.

L'ébrasement de la baie donnant sur la nef possède un ensemble de 14 piédroits reposant sur un soubassement. Elles sont distribuées alternativement en fonction de leur rôle structurel. En effet, les colonnes soutiennent les trois voussures proprement dites tandis que les colonnettes sont situées aux retombées des cordons qui séparent les voussures.

Les chapiteaux ne sont pas historiés. Dans la partie droite de l'ébrasement, les corbeilles sont ornées de palmettes tandis qu'à gauche elles possèdent des crochets bourgeonnants entre lesquels se distinguent de petites fleurs avec leur tige. Les abaques forment une corniche continue qui parcourt l'ensemble du mur oriental. Ils sont ornés d'un feuillage stylisé.

1.3 - LE TYMPAN : L'adoration des Mages

1.3.1 - Commentaire général sur le tympan :

La forme de ce tympan est très originale car il est en forme de croissant. Cette solution, qui ne possède pas d'équivalant en France, fut probablement adoptée pour augmenter la hauteur du passage en son milieu. En contrepartie, cette forme introduit une contrainte pour le sculpteur puisque les deux extrémités du croissant sont réduites et fermées tandis que la zone centrale est large et ouverte. Une bordure de feuilles tréflées délimite la zone centrale du tympan.

La scène qui orne le tympan est inspirée de l'évangile de Matthieu (2,1-12) :

" 1Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient se présentèrent à Jérusalem 2et demandèrent : " Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu, en effet, son astre se lever et sommes venus lui rendre hommage. " 3Informé, le roi Hérode s'émut, et tout Jérusalem avec lui. 4Il assembla tous les grands prêtres avec les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où devait naître le Christ. 5" A Bethléem de Judée, lui répondirent-ils ; car c'est ce qui est écrit par le prophète : " 6Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n'es nullement le moindre des clans de Juda ; car de toi sortira un chef qui sera pasteur et mon peuple Israël. " 7Alors Hérode manda secrètement les mages, se fit préciser par eux la date de l'apparition de l'astre, et les dirigea sur Bethléem en disant : " Allez vous renseigner exactement sur l'enfant ; 8et quand vous l'aurez trouvé, avisez-moi, afin que j'aille, moi aussi, lui rendre hommage. " 9Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à son lever, les devançait jusqu'à ce qu'il vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant. 10La vue de l'astre les remplit d'une très grande joie. 11Entrant alors dans le logis, ils virent l'enfant avec Marie sa mère, et, tombant à genoux, se prosternèrent devant lui ; puis, ouvrant leur cassettes, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. 12Après quoi, un songe les ayant avertis de ne point retourner chez Hérode, ils prirent une autre route pour rentrer dans leur pays. "

1.3.2 - Les chevaux des rois mages

La place réduite a contraint le sculpteur à superposer les trois chevaux et à créer une impression de perspective par le biais de la position des têtes. Malgré le choix de cette composition, le sculpteur a été obligé de faire déborder la tête du dernier cheval sur le bandeau végétal.
Ces chevaux sont entiers, leur crinière est rassemblée en mèches et leur queue tombe jusqu'au sol. Leur harnachement est constitué d'une bride, d'une selle d'arme reposant sur une couverture. On peut supposer qu'ils sont attachés à l'arbre qui leur fait face.

1.3.3 - Les trois rois mages

Les trois mages (Gaspar, Melchior et Balthazar) sont représentés en costume royal avec une longue robe et une couronne. Contrairement à d'autres représentations, ils sont assez peu différenciés puisque leur l'âge, leur race et leurs habits sont identiques. Néanmoins, leurs présents sont distincts, bien qu'il soit difficile de connaître précisément leur nature. Le mage du milieu se distingue également par son absence de barbe.
La position de leur corps suit une composition fréquemment utilisée au cours du XIIe et XIIIe siècles : les mages avancent vers la Vierge, le premier est agenouillé pour faire son offrande et le deuxième se retourne vers le troisième. On peut noter que leurs bottes sont munies d'éperons pointus.

1.3.4 - Etoile à 12 branches

Cette étoile représente très certainement l'astre qui a guidé les rois mages vers l'enfant jésus et sa mère.

1.3.5 - Arbres

La symbolique de ces deux arbres n'est pas claire. Une première interprétation les a rapprochés de l'arbre de vie décrit dans la Genèse. Dans ce cas, ils annonceraient la venue de Jésus Christ et sa mort sur la croix. J. Lacoste, de son côté, voit dans ces arbres une référence à l'arbre de vie de la Jérusalem Nouvelle. Ils sont alors une source de nourriture et de guérison.

1.3.6 - La Vierge

La mère du christ est représentée selon le type de "la Vierge en Majesté ". En effet, la vierge est couronnée et elle est assise sur un trône avec son enfant sur ses genoux. Sa main gauche retient l'enfant tandis que celle de droite devait tenir un objet actuellement disparu (un fleuron ?).
Le sculpteur a choisi de représenter la Vierge de vue faciale avec un corps droit, presque rigide. Ce choix fait ressortir une attitude hiératique qui contraste avec le naturalisme des autres personnages qui sont vus souvent de profil et courbés. Cette impression " d'absence de la scène " est assez proche de celle du Christ en gloire de la galerie supérieure.

1.3.7 - Enfant Jésus

L'enfant Jésus est également couronné. La position de la main droite du christ, pouce, index et majeur tendus et les deux derniers repliés, est caractéristique du signe de bénédiction. Ce geste devait s'adresser aux mages. Sa main gauche, quant à elle, tient un livre qui symbolise probablement la bible, c'est-à-dire la parole de Dieu.

1.3.8 - Saint Joseph

Ce personnage a été identifié comme le père du Christ en raison de son bâton de pèlerin et de son bonnet côtelé pointu. Il est assis et il repose sa tête sur le pommeau de sa canne. Il semble donc endormi ou en songe. On peut supposer qu'il reçoit l'ordre de fuir en Egypte afin d'éviter les menaces d'Erode qui veut tuer l'enfant Dieu qui vient de naître.

1.3.9 - Femme voilée

Cette femme voilée est assise. Sa main droite est appuyée contre son cœur tandis que son autre main semble tendue, la paume tournée vers nous. Son identité est problématique. Il pourrait s'agir de l'une des deux sages femmes qui ont aidé Marie à enfanter. Dans cette scène, elle symboliserait le miracle de la virginité de la Vierge. Cependant, la position des mains de ce personnage est intriguante. J. Lacoste a vu dans cette femme une allusion au miracle de Salomé. En effet, d'après les évangiles apocryphes, cette femme aurait vu sa main se dessécher lorsqu'elle douta de la virginité de Marie. Mais sa main fut immédiatement guérie lorsqu'elle l'approcha du christ. D'autres auteurs ont également identifié cette femme comme la mère de Marie, Sainte-Anne. Cette hypothèse parait cependant moins vraisemblable.

1.3.10 Une coupe sous un arc polylobé

Cette coupe pourrait rappeler le bain de l'enfant Jésus et évoquer par ce biais le baptême. En effet, dans l'iconographie médiévale, la baignoire prend souvent l'aspect d'un calice eucharistique. Dans ce cas, l'arc pourrait donc être assimilé à un baptistère


1.4 -Cordon intérieur:

1.4.1 - Commentaire général sur le cordon intérieur :

Ce cordon permet de séparer le tympan de la voussure intérieure. Il est orné de motifs végétaux et de trois représentations figuratives. Deux d'entre elles sont situées aux extrémités (personnages monstrueux) et une autre est placée sur la clé (belier).

1.4.2 - Motif végétal

Le feuillage qui orne la presque totalité du cordon intérieur est en fait formé par la répétition d'un seul motif végétal. Ce motif est constitué de cinq feuilles treflées réunies par un cordage.

1.4.3 - Les monstres anthropomorphes

Les deux personnages situés aux retombées du cordon intérieur sont agenouillés. Malgré leurs allures humaines, ces deux figures donnent une impression monstrueuse. Cette monstruosité est donnée par les grandes oreilles de celui de droite et l'attitude de celui de gauche qui est en train de dévorer quelque chose.

1.4.4 - Le bélier

Cette représentation animale est située sur la clé du cordon, juste en dessous du palais du divin époux qui orne la voussure intérieure. Il porte sur ses reins une croix grecque. Si l'on rapproche le bélier de l'agneau, il symbolise alors le sauveur et rappelle son sacrifice, son œuvre rédemptrice et son baptême par Saint Jean-Baptiste.

" 29Le lendemain, voyant Jésus venir à lui, il (Jean-Baptiste) dit : " Voici l'agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. " Evangile selon Saint-Jean (1,29)


1.5 - VOUSSURE INTERIEURE : Les vierges folles, les vierges sages.

1.5.1 - Commentaire général sur le cordon intérieur :

La voussure intérieure est ornée d'une scène issue de la parabole de Matthieu : les vierges sages et les vierges folles.

" 1Alors il en sera du Royaume des Cieux comme des dix vierges qui s'en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l'époux. 2Or cinq d'entre elles étaient sottes et cinq étaient sensées. 3Les sottes, en effet, prirent leurs lampes, mais sans se munir d'huile ; 4tandis que les sensées, en même temps que leur lampes, prirent de l'huile dans les fioles. 5Comme l'époux se faisait attendre, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. 6Mais à minuit un cri retentit : " Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre ! " 7Alors toutes ces vierges se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes. 8Et les sottes de dires aux sensées : " Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. " 9Mais celles-ci leur répondirent : " Il n'y en aurait sans doute pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous. " 10Elles étaient parties en acheter quand arriva l'époux : celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte se referma. 11Finalement les autres vierges arrivèrent aussi et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! 12Mais il répondit : " En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas. " 13Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. "
Evangile selon Saint Matthieu (25, 1-13)

La dernière phrase de la parabole de Matthieu a été interprétée par les Pères de l'Eglise comme un rapport symbolique avec le Jugement dernier. Ainsi, les vierges aux lampes allumées correspondent aux élus et celles prisent au dépourvu sont les damnés.

A Mimizan, le sculpteur a disposé les vierges sages sur les claveaux de gauche, les vierges folles sur ceux de droite et le palais de l'époux sur le claveau central. On peut noter qu'il a introduit, consciemment ou non, une distorsion par rapport au texte sacré, puisqu'il a représenté 12 vierges au lieu de 10. Cette anomalie est peut-être à mettre en relation avec l'archivolte du zodiaque. En effet, les 6 mois où la durée du jour augmente pourraient correspondre aux 6 vierges aux lampes allumées et les 6 mois où la durée du jour diminue aux vierges aux lampes éteintes.

1.5.2 - Les vierges sages et Folles.

Pour nous aider à reconnaître les vierges folles des vierges sages, le sculpteur a positionné la lampe debout ou renversée. Hormis cet attribut iconographique, on est frappé par la grande diversité qui existe dans ces sculptures. En effet, l'artiste a joué sur la composition (seule, binôme), les positions (corps, mains, drapés), les formes (vêtements, végétaux, coiffures) et les expressions (sereine, désespoir, coquetterie) de chacune des femmes afin de les distinguer.
Deux vierges sont particulièrement remarquables. La première est située sur le troisième claveau gauche. Cette statue constitue certainement l'une des plus belles œuvres du portail et démontre les qualités artistiques du sculpteur. En effet, la composition est parfaitement équilibrée et le drapé est à la fois réaliste et harmonieux. L'autre sculpture remarquable orne l'extrémité droite de la voussure. Malgré sa forte dégradation, le réalisme de l'expression persiste. Le pathos de la scène est accentué par le regard de cette femme qui est orienté vers le spectateur et l'invite ainsi à partager sa douleur.

1.5.3 - Le Palais

L'organisation architecturale du palais est liée à l'iconographie générale de l'archivolte. L'aile gauche qui est orientée vers les vierges sages est ajourée et possède une riche décoration (colonne cannelée, colonne torsadée, coupole). Cette partie dégage donc un aspect merveilleux qui invite les " élus " à pénétrer dans la Jérusalem Céleste. Cette invitation est matérialisée par la porte ouverte ce qui a d'ailleurs contraint le sculpteur à décaler vers la gauche la tour d'angle. En revanche, l'aile destinée aux vierges folles semble plus hostile. L'ensemble est massif, la porte est solidement verrouillée et un appareillage en pierre orne la tour d'angle.
Du point de vue de l'organisation du bâtiment, le sculpteur a juxtaposé des modules sans se soucier de la symétrie de l'ensemble. Au contraire, on a même l'impression qu'il a volontairement créé un déséquilibre afin de faire ressortir une impression de complexité et de diversité.

1.5.4 - L'Epoux

L'époux est nimbé et symbolise le Sauveur. Il est assis sur un siège qui est situé dans une pièce munie d'une coupole. Il donne la bénédiction aux vierges sages de sa main droite tandis que son autre main repose sur un livre.


1.6 - Cordon médial :

1.6.1 - Commentaire général sur le cordon intérieur :

Ce cordon sépare la voussure intérieure (vierges folles et vierges sages) de la voussure médiane (les prophètes). Il est orné de motifs végétaux et de deux représentations figuratives. Ces sculptures sont situées aux deux extrémités de l'arc.

1.6.2 - Motif végétal

Comme pour les autres cordons végétaux du tympan, la décoration florale est formée par la répétition d'un seul motif végétal. Ce motif est constitué d'une fleur centrale (3 pétales et un pistil stylisé) de laquelle part de chaque côté une feuille à 5 lobes.
Le motif de la clé est cependant original. Il est formé de cinq tiges liées dont les trois tiges centrales sont munies d'une feuille trilobée et dont les deux tiges latérales sont enroulées.

1.6.3 - Personnages

Seul le petit personnage agenouillé de gauche est encore visible. Il effectue une grimace en s'étirant la bouche à l'aide de ses deux index. Sur son dos est disposé un " linteau " qui donne au personnage l'impression de supporter le poids du cordon.


1.7 - Voussure médiane : LES PROPHETES

1.7.1 - Commentaire général sur la voussure médiane :

La voussure médiane est ornée de douze personnages qui ont été interprétés comme des prophètes en raison des phylactères qu'ils portent: ces rouleaux mi-ouverts rappelant qu'ils n'eurent qu'une vérité mi-révélée. Les prophètes bibliques sont les porte-parole de Dieu qui les a choisis pour révéler ses volontés et ses desseins.

A l'exception de trois personnages (David, Elie et la Sibylle), les sculptures ne sont pas identifiables précisément. Il est probable que cette absence d'attribut iconographique ait été comblée par des mots, actuellement disparus, sur les phylactères. Malgré cette réserve, il est probable que le sculpteur se soit assez peut soucié de les différencier car, dans l'esprit médiéval, ils étaient considérés comme l'ombre des apôtres.

Différents éléments iconographiques pourraient suggérer le thème biblique de " l'arbre de Jessé ". Cette parabole biblique symbolise l'arbre généalogique du Christ à partir de Jessé, père du roi de David, car Jésus se désignait comme "le rejeton et la postérité de David ". Jean (22,16). Ce rapprochement iconographique est tout d'abord sous-entendu par les prophètes mais également par la présence d'un roi en qualité d'ancêtres du Christ (David) et d'une Sibylle. En outre un décor végétal parcourt l'ensemble de l'archivolte et semble porter certains des douze personnages.

Si la majorité des personnages ne peut pas être distinguée iconographiquement, en revanche l'artiste ne les a pas représentés de façon semblable. Ainsi, comme pour les vierges de la voussure intérieure, il existe une grande diversité entre les sculptures. Cette diversité repose sur la position des corps (debout, assis, jambe croisée) et des mains, sur l'orientation des corps (face, ¾, profil) ainsi que sur la disposition et la forme des drapés et des coiffures.

1.7.2 - David

Huitième fils de Jessé, David a vécu entre 1000 et 960 avant J.-C. Il a succédé à Saül, le premier des rois d'Israël. Il va renforcer le pouvoir du jeune royaume et lui donner une capitale : Jerusalem. L'art chrétien va très largement puiser dans les nombreux aspects glorieux de ce personnage. A Mimizan, le sculpteur a choisi de représenter David en tant que roi musicien. En effet, David a composé des psaumes à la gloire de Dieu qu'il chantait en s'accompagnant de sa harpe. Le sculpteur s'est donc inspiré du modèle traditionnel en le représentant âgé, barbu, couronné et portant son instrument de musique.

1.7.3 - Elie

Ce prophète a vécu vers 864 avant J.-C et va consacrer sa vie à repousser les cultes des dieux étrangers qui sont à ses yeux des faux dieux. Cette mission divine obligera Elie à fuir dans le désert à de nombreuses reprises au cours de sa vie. Ces séjours au désert vont inspirer les artistes chrétiens puisqu'ils y voient une préfiguration de la vie des ermites. C'est cette image qui a été choisie à Mimizan. Il est en effet pauvrement vêtu, comme à l'occasion de son intervention devant le roi d'Israël Achab : " C'était un homme avec une toison et un pagne de peau autour des reins. " Deuxième livre des rois (1,8)

1.7.4 - Sibylle

Né en Asie Mineure durant l'antiquité, le mythe des Sibylles est passé en Grèce puis à Rome. Ces femmes lisaient dans l'avenir et les pères de l'Eglise ont alors vu dans leurs prophéties l'annonce du Messie. De nombreuses sibylles ont été représentées dans l'art chrétien mais à Mimizan, aucun attribut iconographique spécifique ne permet de l'identifier précisément.

1.7.5 - Prophète supporté par une chauve-souris

Un des prophètes est supporté par une chauve-souris. Nous ne savons pas s'il s'agit d'un attribut iconographique, d'une plaisanterie ou tout simplement d'un élément purement décoratif


1.8 - Cordon extérieur :

1.8.1 - Commentaire général sur le cordon extérieur :

Ce cordon sépare la voussure médiane (les prophètes) de la voussure extérieure (le zodiaque). Comme pour les deux autres cordons, il est orné de motifs végétaux et de deux représentations figuratives situées aux deux retombées de l'arc. Ce cordon ne parcourt pas l'ensemble du tympan car il démarre au milieu des claveaux inférieurs de la voussure du zodiaque.

1.8.2 - Motif végétal

La décoration florale repose sur la répétition d'un seul motif végétal. Ce motif est constitué de quatre feuilles trilobées nouées qui sont intercalées avec une feuille trilobée à tige évasée.

1.8.3 - Personnages

Deux personnages sont situés aux retombées de l'arc. Du fait de leur position, on a l'impression qu'ils supportent le poids du cordon. Cette sensation est particulièrement visible sur l'homme de droite car il est agenouillé et se sert de son bras droit pour faciliter son action.


1.9 - Voussure externe : LE ZODIAQUE :

1.9.1 - Commentaire général sur la voussure extérieure :

Le thème général qui orne la dernière voussure représente le cycle du zodiaque et les travaux des mois. Ce découpage astronomique et agraire a permis à l'Eglise de faire comprendre aux paysans les actions de Dieu sur les Hommes. Ainsi, depuis la création du monde, le temps est jalonné par ces cycles naturels.

En raison de la taille de cette archivolte, le sculpteur a introduit deux autres thèmes qui n'ont probablement aucune relation avec le cycle du zodiaque. Ces deux scènes ornent les claveaux des extrémités de l'archivolte. Celui de gauche représente une scène de lutte entre un chevalier et un lion tandis que celui de droite montre un homme et son mulet

Le cycle du zodiaque commence à gauche de l'archivolte et se termine à droite. Or si l'on suit cette lecture, on s'aperçoit que certains signes zodiacaux ne correspondent pas aux mois et à leur travaux :
Les raisons exactes de ces anomalies nous échappent encore. Si l'on peut exclure la perturbation par le montage des claveaux, en revanche, il est possible qu'une part de ces erreurs soit due à l'ignorance iconographique du sculpteur. Néanmoins, certaines des inversions observées se retrouvent en Espagne. Il est donc possible que le sculpteur ait introduit des modèles hispaniques dans un programme français.

Les sculptures des douze signes du zodiaque nous montrent une vision de la vie rurale autour de Mimizan au Moyen-Age. Si l'on prend en compte dans cette approche les déformations stylistiques et culturelles introduites par le sculpteur, il est possible de dégager certains aspects ethnologiques du monde rural médiéval.

- Ainsi, ces différentes scènes nous montrent les habits des paysans en fonction des saisons (braies, chausses, robes longues, pelisson, chaperon,…).
- Le sol était labouré à l'aide d'une charrue analogue à la charrue égyptienne du temps des pharaons. C'est un instrument primitif, sans roue, léger et à un seul manche.
- Les céréales semées sont moissonnées en été à l'aide de la faucille et non d'une faux. Puis, elles sont battues au fléau moderne, semblable aux instruments utilisés pendant plusieurs siècles dans nos campagnes.
- Le sol des Landes était favorable à la culture de la vigne et des chênes

1.9.2 - Janvier : Verseau

Pour illustrer le premier mois du calendrier chrétien, le sculpteur a représenté le dieu antique Janus. Ce personnage mythologique est le dieu de l'ancienne Rome et dieu des Portes. Comme elles, il a une double face : l'une qui regarde l'année qui commence et l'autre qui est tournée vers celle qui se termine. Le verseau est symbolisé par un personnage qui verse de l'eau sur la tête de Janus bifrons. Cette représentation évoque probablement les fortes précipitations s'abattant en janvier sur les Landes.

1.9.3 - Février : Poissons

Sous un arc trilobé, un homme est assis. Le mois de février étant le plus froid, cette période n'est pas favorable aux travaux des champs. On reste donc à l'abri dans sa maison pour effectuer des petits travaux. Deux poissons symbolisent le signe zodiacal.

1.9.4 - Mars : Taureau

Avec l'arrivée du temps plus clément, les travaux agricoles reprennent. Pour illustrer cela, le sculpteur a représenté un paysan, accompagné d'un enfant, taillant un arbre à l'aide d'une serpette. Cette scène est surmontée par un taureau

1.9.5 - Avril : Balance

Sur ce claveau on observe une femme qui se promène dans un espace arboré que l'on peut interpréter comme un jardin. Il semble qu'elle tient dans sa main gauche une fleur. Le signe de la balance est associé à ce personnage.

1.9.6 - Mai : Lion

Le mois de mai est représenté par un cavalier. S'il ne fait nul doute que ce personnage est seigneur, il est en revanche difficile de préciser son action car les éléments qu'il tient dans ses mains sont détériorés. Est-il en train de chasser, de faire la guerre, de visiter ses terres ? Un lion stylisé est représenté au sommet du claveau.

1.9.7 - Juin : Cancer

Malgré la forte dégradation de ce claveau, on peut observer un homme qui moissonne le seigle à l'aide d'une faucille. L'écrevisse, symbolisant le cancer surmonte ce personnage.

1.9.8 - Juillet : Scorpion

Pour orner le mois de juillet, le sculpteur a représenté un paysan armé d'un fléau tenu en l'air. Il est donc occupé à battre le blé qu'il a rangé à ses pieds. A sa droite, on observe des gerbes qui sont encore liées. A sa gauche, le sculpteur a placé un récipient servant peut-être à ramasser le grain fraîchement battu. Le signe du scorpion est symbolisé par une salamandre.

1.9.9 - Août : Vierge

Un paysan fauche son champ car le mois d'Août est la période où l'on fait la seconde coupe du foin. Deux sculptures sont associées à cette scène : une femme et une étoile à six branches encadrée de deux entrelacs. La représentation féminine symbolise le signe de la vierge tandis que l'étoile est probablement là pour évoquer les fortes chaleurs du mois d'août.

1.9.10 - Septembre : Bélier

Septembre est le mois des vendanges. Le sculpteur a donc représenté un paysan en train de fouler au pied le raisin dans une cuve. Parallèlement à cette action, il cueille le raisin qu'il met dans un panier. Le signe du Bélier est associé à cette scène

1.9.11 - Octobre : Sagittaire

Ce claveau représente un homme brandissant un bâton et menant son troupeau de porcs dans une chênaie afin qu'ils puissent se nourrir de glands. Un personnage mi- homme mi-cheval et armé d'un arc bandé symbolise le Sagittaire.

1.9.12 - Novembre : Chien chassant un lièvre

Le mois de Novembre nous montre une scène de labour. En effet, un homme, tenant dans sa main gauche un aiguillon, guide une charrue tirée par deux bœufs. Sur ce claveau, le signe zodiacal est remplacé par une scène de chasse. En effet on observe un chien qui mord la croupe d'un gigantesque lièvre.

1.9.13 - Décembre : le capricorne

Les travaux des champs étant terminés, le sculpteur avait représenté un homme assis dans sa maison et attablé devant une table chargée de mets. Le signe du capricorne était associé à cette scène. Malheureusement cette scène est presque entièrement détruite aujourd'hui.

1.9.14 - Scène de lutte

Ce premier claveau est orné par deux scènes. La première représente un chevalier à pied qui combat en corps à corps contre un lion. L'équipement du guerrier est très minutieusement détaillé et démontre encore une fois l'adresse du sculpteur : cotte de maille, heaume conique à nasal, haubert, éperons, bouclier, épée. L'autre scène est située aux pieds du lutteur. Il s'agit d'un homme étendu, le visage détourné du combat, les jambes croisées, les mains sur la poitrine et dont la tête repose sur la tête d'un autre personnage. La question de la relation entre ce personnage couché et le chevalier se pose. Or, actuellement, aucune réponse n'a été apportée. D'ailleurs l'iconographie de ce claveau nous échappe. S'agit-il d'une allusion au combat des vices et des vertus, du combat de Sanson, ou tout simplement du combat entre l'homme et l'animal ?

1.9.15 - Homme et Mulet

La sculpture décorant le claveau inférieur est à l'heure actuelle presque entièrement détruite, empêchant ainsi sa lecture. Elle représentait un homme accompagné d'un mulet symbolisant peut-être le prophète Balaam et son ânesse.


1.10 - Arc extérieur :

1.10.1 - Commentaire général sur l'arc extérieur :

Cet arc décoratif délimite la bordure extérieure du portail. Sa surface est recouverte par deux types d'entrelacs qui se réunissent au niveau de la clé. Aux retombées de l'arc, on observe deux personnages.

1.10.2 - Entrelacs

Dans la partie droite de l'arc, les entrelacs sont composés de trois rinceaux perlés et dont le rinceau central se dédouble pour laisser passer les deux autres. En revanche, dans la partie gauche, les entrelacs ne possèdent que deux rinceaux perlés qui sont alternativement ornés de feuilles d'acanthe.

1.10.3 - Personnages

Le personnage situé à la gauche de l'arc ne possède qu'une grosse tête d'aspect monstrueuse. De ses grandes oreilles droites partent les deux rinceaux. Le personnage de droite est plus ou moins caché par les entrelacs. Il est assis, les pieds joints, et il tient dans ses mains les rinceaux.


2 - VERS UNE INTERPRETATION GLOBALE DU PORTAIL


Les différentes scènes qui ornent le portail de Mimizan peuvent être interprétées isolément :

- Les mages : Glorification de la Parole de Dieu incarné au sein du collège apostolique.
- Prophètes et le Baptême : Rédemption
- Vierges Sages et Folles et les travaux des mois : allusion au Jugement dernier

Néanmoins, pour J.Lacoste "Une pensée beaucoup plus forte existe, qui les regroupe toutes et qui les convertit en supports tangibles d'une démonstration. " Pour cet auteur, cette clé se trouverait dans le dernier chapitre de l'Apocalypse de Jean traitant de la Jérusalem Future.

" 1Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle - le premier ciel, en effet, et la première terre ont disparu, et, de mer il n'y en a plus. 2 Et je vis la Cité Sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu ; elle s'est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux.3 J'entendis alors une voix clamer, du trône : " Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu " …
Apocalypse (21,1-3)

… " 9 Alors, l'un des sept Anges aux sept coupes remplies des sept derniers fléaux s'en vint me dire : " Viens, que je te montre l'Epouse de l'Agneau. " 10Il me transporta donc en esprit sur une grande montagne de grande hauteur, et me montra la Cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu "…
Apocalypse (21,9-10)

… "23 Elle (la ville) peut se passer de l'éclat du soleil et de celui de la Lune, car la gloire de Dieu l'a illuminée, et l'agneau lui tient lieu de flambeau. 24Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre viendront lui porter leurs trésors. 25Les portes resteront ouvertes le jour et 26 l'on viendra lui porter les trésors et le faste des nations. "…
Apocalypse (21,23-26)

… "1 Puis l'Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l'Agneau. 2 Au milieu de la place, de part et d'autre du fleuve, il y a des arbres de Vie qui fructifient douze fois, une fois chaque mois, et leurs feuilles peuvent guérir les paiens. "…
Apocalypse (22,1-2)

… " 6 Puis il (l'ange) me dit : " Ces paroles sont certaines et vraies ; le Seigneur Dieu, qui inspire les prophètes, a dépêché son Ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt "…
Apocalypse (22,6)

… " 16 Moi, jésus, j'ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les églises. Je suis le rejeton de la race de David, l'étoile radieuse du matin. 17 L'esprit et l'épouse disent : " Viens ! " Que celui qui écoute dise : " Viens ! " Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l'eau de la vie, gratuitement " …
Apocalypse (22,16-17)

D'après l'interprétation de J. Lacoste, on aurait donc une évocation symbolique de la Jérusalem nouvelle. Cette ville est à la fois cité céleste et cité messianique et par conséquent est une image de l'Eglise.


3 - LA GALERIE DES APOTRES


3.1 - Commentaire général sur la galerie des apôtres

En dessus du portail proprement dit, on trouve 12 statues d'apôtres entourant un christ au tétramorphe. Dix des apôtres sont situés sur le même ressaut du mur que le christ et deux d'entre eux sont placés en dessous, sur la corniche du premier ressaut. Ces deux apôtres garnissent donc les écoinçons du portail. La raison précise de cette position à deux niveaux des apôtres n'est pas encore résolue. Cet ensemble vient-il d'ailleurs d'un portail qui s'élevait sur le côté sud de l'église par exemple ? La Tour-porche n'était-elle pas prévue dans le programme original de l'église obligeant ainsi à descendre deux statues dont la place était désormais occupée par des murs ? Ou s'agit-il de la position d'origine, trahissant alors une influence navarraise ?

Issu du mot grec Apostolos, apôtre signifie " envoyé " et correspond aux disciples que le christ a envoyés dans le monde pour témoigner de sa grâce, de sa résurrection et de son Evangile . Le nouveau testament présente 12 apôtres : André, Barthélemy, Jacques le Majeur, Jacques le Mineur, Jean, Judas Iscarioth, Judas Thaddée, Matthieu, Pierre, Philippe, Simon, Thomas. A cette liste sera ajouté Matthias qui remplacera le traitre Judas Iscarioth et plus tard, on a donné le nom d'apôtre à des saints qui ont poursuivi l'évangélisation des nations comme Saint Paul, Saint Martin ou Saint Boniface.

Le nom de chaque saint est inscrit sur le mur et facilite ainsi leur identification car certains personnages ne portent pas d'attribut iconographique spécifique. Or, d'après ces indications, deux des apôtres cités dans le nouveau testament n'ont pas été représentés. Il manque en effet Judas Thaddée et Jacques le mineur. Ils ont été remplacés par Saint-Paul et Barnabé

Comme pour les petits personnages sculptés du portail, l'artiste a introduit une grande diversité dans la composition des sculptures. Cette diversité s'exprime par la taille des apôtres, par l'orientation et la morphologie des têtes (âge, cheveux, barbe, forme des yeux,…), par la position et l'action des mains ou encore par la disposition des drapés. Ces petites variations créent une impression de vie qui contraste avec la position figée du christ. En effet, comme pour la vierge du tympan, sa position strictement frontale lui donne une expression intemporelle.

Comme pour l'iconographie du tympan, il est possible qu'il existe une pensée plus globale derrière cette association des apôtres et du Christ. Pour E. Goyheneche, cette galerie serait également une vision apocalyptique :

" 4 Vingt-quatre sièges entourent le trône, sur lesquels sont assis vingt-quatre Vieillards vêtus de robes blanches, avec des couronnes d'or sur leurs têtes. 5 Du trône partent des éclairs, des voix et des tonnerres, et sept lampes de feu brûlent devant lui, les sept Esprits de Dieu. 6 Devant le trône, on dirait une mer transparente autant que du cristal. Au milieu du trône, autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d'yeux par devant et par derrière. 7Le premier vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant à comme un visage d'homme ; le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol "…
Apocalypse (4,4-7)

L'artiste de Mimizan aurait alors remplacé les vieillards par les apôtres, comme ce fut le cas à la même époque dans différentes églises.

3.2 - Thomas

Le nom araméen Thomas signifie " jumeau " et dans l'Evangile de Jean, il porte le surnom de Didymos qui signifie " jumeau ". Les théologiens expliquèrent ce surnom par le fait que Thomas aurait été le frère jumeau de Jésus. Les artistes firent alors ressembler les visages de Thomas et du Christ. A deux reprises cet apôtre a fait preuve d'incrédulité. Il refusa en effet de croire à la résurrection de Jésus et l'Assomption de Marie. D'après une légende, Thomas aurait été envoyé en Inde pour construire le palais du roi Gundophorus. C'est pour cette raison qu'il est devenu le saint patron des bâtisseurs.

3.3 - Barnabé

S'appelant en réalité Joseph, le nom de Barnabé lui a été attribué par les apôtres. Ce surnom signifie " Homme du réconfort " ou " Fils de la consolation ". Né à Chypre, d'une famille de Lévites, il entre dans la communauté de Jérusalem. Il va introduire Paul dans cette même communauté et va accompagner cet apôtre à Antioche puis dans son premier voyage de mission. Dans l'art chrétien il est souvent représenté l'évangile à la main car il guérissait les malades en appliquant l'évangile de Matthieu sur le corps des malades. On l'honorait comme saint patron des tisserands, protecteur de la grêle et de la mélancolie.

3.4 - Simon

Simon a été surnommé le " Zélote " en raison de son ancienne appartenance à une secte juive rigoriste. Après la Pentecôte, Jésus envoie Simon en mission en Egypte. Ensuite, il serait parti prêcher en Perse avec l'apôtre Jude Thaddée. A cette occasion, ils seront égorgés pour avoir renversé des idoles païennes.

3.5 -Matthieu

Avant de devenir apôtre, Matthieu était receveur des impôts à Capharnaüm. Il rédigea le premier des quatre évangiles et parti, selon la légende, évangéliser l'Ethiopie. Durant cette mission il triomphe de deux mages et de leur dragon. Matthieu est le patron des banquiers et des agents du fisc et son symbole évangélique est l'ange.

3.6 - Jacques le Majeur

Fils de Zébédée, frère aîné de l'apôtre Jean l'Evangéliste et cousin de Jésus. Avec Pierre et Jean, il est l'un des disciples privilégiés de Jésus qui assistèrent à sa transfiguration puis à son agonie sur le mont des oliviers. Il partit prêcher en Syrie puis revint à Jérusalem où il sera décapité, vers 44, sur les ordres d'Hérode Agrippa.
La fin de sa vie étant très mal connue, de nombreuses légendes sont nées. La plus célèbre en fait l'évangélisateur de l'Espagne où un tombeau lui est consacré (à Saint-Jacques-de-Compostelle). Cette sépulture suscite l'intérêt de très nombreux pélerins et, au début de l'an mil, ce pèlerinage devient l'un des plus importants de l'occident. La statue de Jacques à Mimizan est l'une des plus anciennes représentations de l'apôtre en tant que pèlerin (coquille, bâton, panetière). Ce choix peut s'expliquer par la situation de l'Eglise de Mimizan sur le chemin côtier menant à Saint-Jacques-de-Compostelle.

3.7 - Pierre

Pierre et son frère Jean vivaient à Capharnaüm où ils exerçaient le métier de pécheur. Jésus les appela et ils devinrent ses premiers disciples. Très proche de la vie du Christ, Pierre va jouer un très grand rôle dans la construction de l'Eglise. Il devint le premier chef de la communauté chrétienne de Jérusalem, puis vers 44, il serait parti prêcher à Rome. Vers 64, Pierre sera crucifié la tête en bas à l'occasion des répressions antichrétiennes menées par Néron.
Sur la représentation de Pierre à Mimizan, on note la présence d'une clé dans sa main. Ce symbole est un écho au texte de Matthieu concernant la remise des clés du royaume des Cieux à Pierre par Jésus :

" 18Eh bien ! moi (Jésus) je te dis : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle. 19 Je te donnerai les clés du Royaume des cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. "
Evangile de Matthieu (16,18-19)

3.8 - Paul

Né à Tarse, en Asie Mineure, vers 10, il est naturalisé citoyen romain. Avant sa conversion, il persécuta les premiers chrétiens de Jérusalem. Puis, sur le chemin de Damas, Jésus lui apparut. Alors âgé de 25 ans, il se convertit au christianisme et changea son nom de Saul en Paul par humilité car en latin Paulus signifie " petit ".
Paul n'est pas à proprement parlé un apôtre car il n'a jamais connu Jésus. Néanmoins, il est considéré comme l'apôtre qui a évangélisé la Grèce et Rome. Dans les années 60, il rencontre l'apôtre Pierre à Rome. Ils seront tous les deux arrêtés puis martyrisés par Néron. Etant un citoyen romain, Paul aura le privilège d'être décapité à l'épée. L'instrument de son supplice est représenté à Mimizan.

3.9 - Jean

Fils de la sœur de Marie Salomé et frère de l'apôtre Jacques le Majeur, il exerçait le métier de pêcheur sur le lac de Génésareth. Avec Pierre et Jacques, il fait partie des disciples préférés de Jésus et cette particularité explique sa position dans la galerie de Mimizan puisqu'il est à la gauche du Christ. A la dispersion des apôtres, il reçoit l'ordre d'évangéliser l'Asie. Il s'installe alors à Ephèse où Marie le suit. Il y écrira son évangile puis une Apocalypse. D'après une légende, Jean ne fut pas martyrisé. En effet, il aurait subi une assomption comparable à celle de la vierge. Son emblème est l'aigle et il est le patron des libraires.

3.10- Philippe

Philippe est originaire de Bethsaïde en Galilée. Le Nouveau Testament nous renseigne assez peu sur la vie de l'apôtre et c'est surtout à travers la légende dorée que nous le connaissons. D'après celle-ci, Philippe serait parti en mission dans le sud de la Russie avant d'être arrêté et emmené devant la statue de Mars pour être sacrifié. C'est alors qu'un dragon surgit. Cet animal tua le prêtre et deux soldats et, de son haleine empoisonnée, il rendit toute l'assistance malade. En contrepartie de la démolition de l'idole, Philippe guérit les malades et ressuscita le mort. Cependant, quelque temps plus tard, il sera capturé à nouveau. Il sera alors lapidé puis crucifié. Philippe est le patron des chapeliers et des patissiers.

3.11 - Matthias

Après la mort de Judas Iscarioth, un tirage au sort fut organisé pour le remplacer et Matthias fut choisi. Le Nouveau Testament ne nous donne pas d'autres informations sur la vie de ce personnage. Cependant, diverses légendes nous décrivent la fin de sa vie. Pour certaines, il est mort paisiblement en Judée, pour d'autres il a été crucifié à Rome et encore pour d'autres il a été lapidé puis décapité à la hache à Trèves.

3.12 - André

Originaire de Betsaïde, André est le frère aîné de Pierre et comme lui est pêcheur sur le lac de Tibériade. C'est le premier apôtre à suivre le Christ et tient donc une place majeure parmi les saints d'Occident. D'après la légende dorée, il prêcha en Grèce, en Asie Mineure et en Russie. En 60, il fut martyrisé par pendaison sur une croix aux montants obliques.

3.13 - Barthélemy

De son vrai nom Nathanael, Barthélemy ne joue aucun rôle dans les Evangiles et dans les Actes des apôtres. Après la mort du Christ, il partit évangéliser l'Arabie, la Mésopotamie et l'Inde. Il fut écorché vif puis crucifié en Arménie. Ce supplice lui vaut d'être le saint patron de tous les corps de métier qui travaillent la peau et le cuir : bouchers, tanneurs,…

3.14 - Le Christ au tétramorphes

Le Christ est assis sur un trône inscrit dans une mandorle quadrilobée ornée de feuillage. Derrière sa tête couronnée, un nimbe crucifère à croix fleuronnée est sculpté. Sa main gauche tient le livre sacré tandis qu'il bénit de sa main droite. Entre ses pieds est représenté un motif végétal symbolisant peut-être l'arbre de vie. Dans les écoinçons sont représentés les emblèmes des quatre évangélistes : l'Homme (Saint Matthieu), l'aigle (Saint Jean), le lion (Saint Marc) et le bœuf (Saint Luc).
Cette représentation du Christ aux tétramorphes est directement inspirée de l'Apocalypse de Saint Jean :

" 6 Devant le trône, on dirait une mer transparente autant que du cristal. Au milieu du trône, autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés d'yeux par devant et par derrière. 7Le premier vivant est comme un lion ; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau ; le troisième Vivant à comme un visage d'homme ; le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol "…
Apocalypse (4,6-7)


4 - CONSIDERATIONS STYLISTIQUES DE LA SCULPTURE DU CLOCHER PORCHE DE MIMIZAN


4.1 - Influences espagnoles

Cette approche stylistique du portail et de la galerie de Mimizan a particulièrement bien été étudiée par J. Lacoste. Cet auteur voit tout d'abord une origine stylistique espagnole dans les statues de Mimizan et plus particulièrement avec l'une des œuvres majeures de la fin du XIIe siècle : le porche de la gloire de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle réalisé par le Maître Mathieu. Cette influence est visible dans la forme et le port des manteaux (drapés volumineux, chute en cascade), dans l'aspect des plis (gras), dans la physionomie des têtes (structure rectangulaire) et des corps (un peu lourds). Les bandeaux décoratifs montrent également de grandes similitudes entre ces deux oeuvres.

Ces ressemblances témoignent donc de la connaissance approfondie du sculpteur de Mimizan pour le travail du maître espagnol. Il est donc fort probable que le sculpteur de Mimizan ait participé au chantier de la cathédrale de Saint Jacques avant de venir travailler à Mimizan. Si cette hypothèse est juste, l'ensemble du portail de Mimizan pourrait dater du début XIIIe car le portail de la gloire a été terminé peu après 1200.

Le Maître Mathieu n'a pas seulement influencé le sculpteur de Mimizan. Il existe ainsi en Espagne un ensemble d'édifices montrant des affinités avec le porche de Mimizan et datant du début XIIIe:


GALICE
- Portail occidental de la Cathédrale d'Orense
- Portail de la cathédrale de Tuy

CASTILLE
- Portail occidental de la Cathédrale de Ciudad Rodrigo (Salamanque)
- Voussures de Santo Domingo de Soria (Burgos et Soria)
- Chapiteaux de la salle capitulaire de Burgo de Osma (Burgos - Soria)
- Portail d'Ahedo de Butron (Burgos et Soria)
- Portail de Cerezo de Riotiron (Burgos et Soria)
- Eglise de Butrera (Burgos et Soria)
- Relief de Villasana de Mena (Burgos et Soria)
- Santo Domingo de Silos : affinité très fortes et Maitre de Silos est proche de Mathieu

NAVARRE
- Portail septentrional de San Miguel d'Estella
- Santiago de Puente la Reina ( Même artiste ?)


4.2 - Influences françaises

Différents éléments dans le portail de Mimizan démontrent que le sculpteur a également acquis un vocabulaire décoratif à l'esprit gothique. Ces éléments gothiques sont visibles dans les cordons décoratifs situés entre les voussures, dans les chapiteaux, dans les végétations plaquées sur les fonds des archivoltes et dans les petits personnages grimaçant des cordons décoratifs...

Or cet apprentissage ne s'est pas fait en Espagne mais en France. Si l'influence du Poitou et de la Saintonge se ressent dans la représentation de l'archivolte du zodiaque, il semble que l'artiste de Mimizan ait acquis son léger bagage gothique lors de la construction de l'église de Saint-Seurin de Bordeaux. En effet, outre le même parti architectural entre les deux édifices, la sculpture est très similaire. Dans le portail sud de Saint-Seurin commencé au début XIIIe, on retrouve dans les personnages les mêmes caractères physiques, les mêmes types d'habillement et les mêmes types de gestes. Du point de vue des éléments décoratifs, on note également de grandes similitudes dans les représentations architecturales et dans les motifs végétaux,…


4.3 - Les différentes activités du sculpteur de Mimizan

D'après son analyse stylistique, J. Lacoste a essayé de reconstituer la démarche du sculpteur de Mimizan durant son activité.

- Formation dans l'atelier de Compostelle et rencontre de sculpteurs qui se répandirent en Castille et en Navarre.
- Peut-être travail en Navarre
- Va en France et parcourt la Saintonge
- Il travaille à Saint-Seurin et acquiert pendant ce chantier des éléments décoratifs gothiques
- Sculpte le portail de Mimizan et est peut-être également le maître d'oeuvre
- Retourne en Espagne où il réalise le portail de Santiago de Puente la Reina